Universités Ouvertes de la Société Civique en Afrique : Gratien Ahouanmènou honore le Bénin

Author: Un commentaire Share:

Gratien Ahouanmènou, Homme de culture béninois, a été invité à la Première édition des « Universités Ouvertes de la Société Civique en Afrique (UOSCA) ». Ce rendez-vous international de connaissance et de réappropriation de l’histoire africaine s’est tenu le 19 mai 2018 au Palais des Congrès de l’hôtel Sofitel Ivoire à Abidjan. L’initiative est portée par Afrique Consciente, un forum panafricain de réflexion et de partage qui ambitionne de faire de chaque Africain un acteur de développement. De retour, Gratien Ahouanmènou a bien voulu se confier à nous. Lisez notre entretien.

Bénincultures : Vous avez participé à la première édition des Universités Ouvertes de la Société Civique en Afrique. Quel bilan peut-on faire de votre participation à cette grande manifestation internationale ?

G A : Pendant qu’ici au Bénin, nous nous contentons de chanter « Enfant du Bénin debout », il est réconfortant de voir des enfants de l’Afrique se mettre résolument debout pour se poser des questions pertinentes et proposer comme solutions aux défis à relever, non pas des discours mais des expériences citoyennes opérationnelles, entreprises avec clairvoyance, altruisme, persévérance et succès. Les participants ont ainsi pu entendre les témoignages vivants et vibrants de trois citoyens africains (Mme Kady Cissé (Ivoirienne), M. Sidibé (Nigérien) et Mme Inna Karanta (Nigérienne) qui ont entrepris des œuvres d’intérêt communautaire en matière de Santé, d’éducation et d’environnement (Salubrité publique).

Benincultures : Le panel dans lequel vous étiez inscrit était intitulé L’histoire méconnue de l’Afrique. Quelle a été votre contribution à cet échange ?

La majorité des Africains francophones a un faible niveau de conscience historique et patrimoniale car leur système éducatif ignore les cultures et savoirs endogènes ; par ailleurs, il véhicule une histoire tronquée, erronée ou falsifiée. Ainsi, d’aliénantes idées reçues contribuent à produire chez eux, un complexe d’infériorité, une mésestime de soi, de sa culture et de son histoire. L’Africain doit reconquérir et se réapproprier sa culture et son histoire. Pour le saltimbanque que je suis, il s’est agi de partager avec les participants, le bénéfice que j’ai tiré en promenant un regard curieux sur notre patrimoine (dévalorisé par un système de colonisation assimilationniste) et un regard critique sur une histoire quelque peu falsifiée. Mon intervention s’est ainsi faite en 2 volets et 3 arguments clés. Le volet 1 prend en compte la sagesse universelle du système IFA, avec les prescriptions poétiques relatives à l’humilité (Lètè-Gbé), à l’effort et la persévérance (Loso-Sa) et à l’éthique conjugale (Abla-Aklan) ; et la trame binaire qui structure IFA et préfigure l’algèbre de Boole et l’informatique ; l’exhibition d’un chapelet de divination présenté logiquement comme l’ancêtre de l’octet a stupéfié !.

Le volet 2 est relatif à notre conscience historique. Quand un axe abolitionniste Haïti-Danxomè se traçait entre 1803 et 1818, Victor Schœlcher (22/07/1804-25/12/1893) qui passe pour le Père de l’abolition de l’esclavage en France, n’était même pas né ou au mieux, il n’était qu’un adolescent. L’assistance fut convaincue de la pertinence du retour aux valeurs sous le charme des enseignements universels de notre sagesse ancestrale versifiée par la plume de LPP. Parmi les panélistes, il m’a semblé avoir obtenu le record de l’applaudimètre ; ceci dit en toute modestie pour illustrer l’intérêt du public pour le patrimoine africain. J’ajoute que de nombreux participants ont regretté de ne pas pouvoir se procurer un recueil des enseignements poétiques de la sagesse d’IFA. Usant de mes dons de poète, conteur et pédagogue, je me suis appliqué à captiver l’attention du public avec interactivité et humour, pour délivrer un message d’une douzaine de minutes environ. Selon un proverbe africain, « Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier les chasseurs ».

Bénincultures : Connaissant votre amour du livre, ce séjour a-t-il connu des expériences relatives au secteur du livre qui pourraient nous édifier ?

Durant mon séjour à Abidjan, j’ai visité le Salon International du Livre d’Abidjan (SILA). Il s’est tenu au Palais de la Culture d’Abidjan, une infrastructure publique conséquente, dédiée à la culture. C’était le 18/05 et j’ai assisté à la présentation-dédicace d’une bande dessinée intitulée « Félix Houphouët-Boigny, le premier président de la Côte d’Ivoire ». Pour écrire le texte de cet ouvrage didactique, Les Classiques Ivoiriens et Cauris-livres, les deux éditeurs associés dans cette collection dirigée par Kidi Bebey et destinée à faire connaître les grandes personnalités africaines aux enfants, ont choisi notre compatriote Moudjibath Daouda-Koudjo. De quoi en être fier ! N’est-ce-pas ? À cette occasion, la Providence étant à l’œuvre, j’ai eu aussi le privilège de rencontrer Mme Roukiatou Ampâté Bâ, la Directrice de la Fondation Amadou Ampâté Bâ et fille de l’écrivain. Le SILA (16-20/05/2018) m’est apparu comme un véritable salon international, sans commune mesure avec les kermesses que nous bricolons chez nous, au Bénin avec de grandes ambitions et de petits moyens pour certains et pour d’autres avec les ressources du contribuable mais à très courte vue.

Benincultures : L’organisation de cette première édition des Universités Ouvertes de la Société Civique en Afrique a laissé certainement de bons souvenirs édifiants que la jeunesse béninoise mérite de connaître. Elle vous écoute.

Avant tout, permettez-moi de remercier toute l’équipe d’Afrique Consciente et Gilles Atayi l’initiateur de ce rassemblement panafricain axé sur « Le retour aux valeurs et l’auto prise en charge », pour leur clairvoyance, la remarquable qualité de l’organisation et pour m’avoir fait l’honneur de m’y convier. Ensuite, il est tentant de citer Frantz Fanon qui a dit pertinemment : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission la remplir ou la trahir ». En conséquence, j’invite la jeunesse béninoise à s’investir dans des initiatives citoyennes au service de leur communauté. Ensemble, nous devons nous engager à constituer une masse critique de citoyens déterminés à être consciemment et résolument, avec dignité et fiers de notre héritage, des agents de la transformation de notre continent vers le bien et le meilleur.

Propos recueillis par Paterne TCHAOU pour www.benincultures.com

Laisser un commentaire

Commentaire(s)

Previous Article

Théâtre : Africapsud représente « Les Fantômes du Brésil » de Florent Couao-Zotti en France

Next Article

Unesco : Ce que gagne un site inscrit sur le patrimoine mondial

Vous pourriez aussi aimer

Un commentaire

  1. Je me réjouis du succès hautement mérité de notre brillant jeune frère à ce mémorable forum d’éminentes figures du patrimoine culturel continental. Où rayonna également le talent connu de Moudjibath Daouda dans une production originale. Une occasion de plus où l’extérieur recueille les signatures autorisées du cru intellectuel béninois. Merci à nos fiers ambassadeurs. Issa Kpara.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *