Sylvestre Amoussou : « Non, je n’en veux pas au gouvernement Talon »

Author: Pas de commentaire Share:

Depuis son Etalon d’argent au Fespaco 2017, et contrairement aux autres réalisateurs primés, le Béninois Sylvestre Amoussou n’a toujours pas été officiellement invité dans son pays. Rencontré à la 20è édition du festival du cinéma africain de Khouribga, le réalisateur regrette cette situation mais insiste sur le fait qu’il n’en veut pas au gouvernement.

A Khouribga où il est venu présenter et défendre son long métrage L’orage africain : un continent sous influence, le réalisateur béninois Sylvestre Amoussou est comme chez lui. Et pour cause, c’est le 3è long métrage qu’il montre sur ce festival. Mais chaque journaliste qui l’approche et à qui il donne volontiers des interviews ne le questionne pratiquement que sur le Bénin, son pays d’origine. Pays où, malgré son Etalon d’argent au Fespaco 2017, il n’est toujours pas invité officiellement, « par un gouvernement qui veut célébrer l’excellence ».

« J’ai été approché plusieurs fois, par différents émissaires qui ont promis me revenir après le premier contact. Mais après plus rien. J’étais au pays il y a quelques semaines mais à titre privé et je n’ai pas voulu une récupération. J’ai d’ailleurs refusé toute interview à la presse, dont la vôtre » raconte le réalisateur.

Mais alors, qu’est-ce qui n’a pas marché ?  « Moi-même je me pose la question puisque ce n’est pas par manque de volonté de ma part. Au contraire, au lendemain du Fespaco où le Bénin s’est quand même hissé au 2è rang du cinéma africain, j’avais espéré que les autorités béninoises allaient faire quelque chose. J’espérais secrètement que, comme le président l’avait annoncé au début de son mandat, le mérite et la compétence seront célébrés. Et je n’espérais pas cela pour moi, parce que ce n’est pas pour cela que je fais le cinéma. Je l’espérais pour la jeunesse et les cinéastes de mon pays » détaille Sylvestre Amoussou.

Au final, depuis l’avant-première organisée par le réalisateur les 27, 29 et 30 octobre 2016 au Centre Artisttik Africa à Agla (Cotonou), L’orage africain, un continent sous influence n’a encore éclairé aucun écran béninois. Alors qu’il est demandé de par le monde et programmé sur différents festivals comme c’est le cas sur la 20è édition du festival du cinéma africain où il est en compétition officielle.

Ceci pourrait vous intéresser : Cinéma : J’ai regardé « L’orage africain, un continent sous influence » de Sylvestre Amoussou

L’Espace Tchif répare une injustice, le gouvernement se rattrape

Mercredi 13 Août 2017. Alors que le festival du cinéma africain de Khouribga suit son cours, à Cotonou, se tient une conférence de presse pour annoncer la réouverture, dès le 16 octobre prochain de l’espace Tchif fermé depuis deux ans. Devant les journalistes, Francis Nicaise Tchakpié alias Tchif et Adrien Guillot, respectivement directeur artistique et  directeur exécutif de l’Espace Tchif de Cotonou annoncent à cet effet que, pour ce redémarrage des activités, un focus sur le réalisateur béninois est programmé. « Pour notre rentrée, le 16 octobre prochain, nous mettons le cinéma à l’honneur avec une projection de de tous les longs métrages du réalisateur béninois Sylvestre Amoussou dans la semaine du 16 au 22 octobre 2017 » confie Adrien Guillot. Le réalisateur sera présent et animera même une masterclass au profit de jeunes réalisateurs.

« Je n’ai pas pu refuser cette opportunité d’aller montrer mes œuvres dans mon pays. Chaque jour, je reçois des messages de personnes qui veulent voir le film. Et c’est légitime. Du coup, quand Tchif et Adrien (Guillot, ndlr) m’ont approché, j’ai dit ok. Je serai donc à Cotonou, à leur demande » clarifie Sylvestre Amoussou. Il ajoute : « Après l’annonce de l’espace Tchif, j’ai été contacté de nouveau par un envoyé du gouvernement qui me demandais si je pouvais faire d’une pierre d’un coup. J’ai trouvé la démarche bizarre mais je ne peux rien refuser au gouvernement de mon pays ».

Canal Olympia Cotonou entre dans la danse ?

A Cotonou, l’annonce de la venue du réalisateur béninois aiguise les passions. Outre le gouvernement qui souhaite qu’il fasse « d’une pierre, deux coups », certaines sources annoncent que le film sera projeté dans la nouvelle salle de Cinéma, Canal Olympia Wologuédé bientôt inaugurée à Cotonou. « Vous m’informez », affirme le Sylvestre Amoussou. Mais acceptera-t-il une telle proposition alors même que son film défend l’Afrique contre l’Europe et qu’il est présenté comme un réalisateur engagé contre la domination occidentale ?

« Déjà, je ne suis pas contre l’Europe, répond-t-il. Comme j’aime à le répéter, je vis en France depuis près de 40 ans. Je suis juste contre toute forme d’injustice. Et il se fait que bien souvent, la France et les autres pays européens nous méprisent. C’est ce que j’ai dénoncé dans mes trois longs métrages et encore plus dans le dernier. Si Bolloré qui a construit Canal Olympia souhaite que mon film soit projeté dans sa salle, je ne dirai pas non. Mais il faudra qu’il paye, comme tous les autres. Il est un entrepreneur et moi aussi. Si on s’entend sur les conditions, je ne vois pas pourquoi refuser que mon film soit projeté dans cette salle ».

Pour le réalisateur, il revient aux gouvernants africains de savoir négocier avec les occidentaux qui veulent investir en Afrique car pour la plupart, « ils ne donnent jamais rien sans intérêt ». « Je trouve que le travail revient une fois encore à nos dirigeants qui doivent déjà comprendre que le cinéma est un enjeu. Je ne maîtrise pas les termes du contrat pour la construction de cette salle ni ce que le gouvernement a exigé. Mais ce serait dommage si cette salle ne profite pas d’abord au cinéma béninois et africain. Nous, nous ne sommes que réalisateurs. Et notre rôle, je trouve que nous le jouons déjà bien en faisant nos films. Que nos dirigeants jouent le leur », conclut-il.

Par Eustache AGBOTON, Envoyé spécial à Khouribga ©www.benincultures.com

Laisser un commentaire

Commentaire(s)

Previous Article

FCAK 2017 : l’Egypte décroche le Grand Prix Ousmane SEMBENE

Next Article

FCAK 2017 : Programme du 16 septembre 2017

Vous pourriez aussi aimer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *