Sophie Adonon, écrivaine béninoise : « Pour la majorité de mes compatriotes, écrire n’est pas un travail ! »

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Sophie Adonon au Salon du Mans (France) en 2012 ©Editions Amalthée
Sophie Adonon au Salon du Mans (France) en 2012 ©Editions Amalthée

Bien que vivant en France depuis 1983, l’écrivaine Sophie Adonon garde toujours en elle cette fierté d’être béninoise. Une fierté qui se lit aisément dans ses romans où l’on reconnaît facilement son pays d’origine. Une fierté qu’elle revendique aussi racontant à qui veut l’entendre ses origines princières. Titulaire d’une maîtrise de Droit privé, Option pratique et contentieux, obtenue à la faculté de Droit de Tours (France), Mère de cinq enfants, Sylvie Adonon est l’auteure de 4 romans policiers et d’une tragédie qui n’est pas, insiste-t-elle « une pièce de théâtre ». Interview.

Bénincultures : Alors que vous aviez commencé à habituer vos lecteurs à des romans, votre dernière publication s’apparente plus à du théâtre…

Sophie Adonon : Oui, mais il n’en est pas un. Je présente mon dernier ouvrage intitulé « Pour une poignée de Gombo » et qui par ailleurs a été édité au Bénin comme une tragédie béninoise, un roman dramatique où s’entrecroisent de façon ‘’explosive ‘’, des humains et des dieux…

Vous êtes donc romancière et après trois romans plutôt favorablement accueillis par le lectorat béninois, vous êtes déjà lauréate de deux prix.

Oui exactement. Et j’ai reçu les deux prix grâce à mon tout premier roman «Le Sourire macabre ». Le 1er Prix dénommé « Plume d’Or » date du mois de novembre 2013. Il m’a été décerné par la FAEGLA (Fédération des Associations d’Ecrivains, Gens de Lettres et Assimilés du Bénin, ndlr), à l’occasion de la Journée Internationale de l’Ecrivain africain. J’ai ensuite été nominée en Janvier 2014 aux « Trophées des Plumes Vaudou 2013 » organisée par le Collectif des Chroniqueurs littéraires du Bénin, sous le parrainage de l’excellent auteur béninois, Florent Couao-Zotti. J’ai alors reçu le Prix de la « Meilleure Parution de la diaspora béninoise 2013 ».

Le même roman a également inspiré un sujet d’examen au Bénin en 2012. Une fierté ?

Oui, forcément. Ce fut l’une des choses les plus merveilleuses qui me soient arrivées en tant qu’auteur et surtout après la naissance de mes enfants. (Rires). C’est l’une de mes sœurs qui me l’a annoncé parce que j’étais en France. J’ai poussé des cris de joie puis des larmes d’émotion ont coulé sur mes joues. C’étaient d’agréables moments que j’aimerais revivre. Cette reconnaissance et cet honneur inespérés m’ont rassurée en tant qu’écrivain.

In petto, j’ai béni le Bénin en général et l’Éducation nationale en particulier d’avoir fait mentir au passage l’apophtegme selon lequel ‘’Nul n’est prophète en son pays.’’ Je leur dis merci et surtout, je promets de ne pas m’endormir sur mes lauriers.

Comment s’est faite ma rencontre avec la plume ? Je l’expliquerai par l’amour de la langue française, ma propension à vouloir créer mon univers et enfin, mon besoin de sonder la face obscure de la nature humaine.

Revenons à vos débuts en tant qu’écrivaine. Racontez-nous comment s’est faite votre rencontre avec la littérature.

J’ai débuté et terminé mon tout premier manuscrit en 1992. Hélas, je ne l’ai pas conservé puisque j’ignorais que ce loisir allait être porté un jour, à la connaissance du public. Comment s’est faite ma rencontre avec la plume ? Je l’expliquerai par l’amour de la langue française, ma propension à vouloir créer mon univers et enfin, mon besoin de sonder la face obscure de la nature humaine.

J’aime percer l’âme humaine avec des mots. La noirceur de l’âme est en chacun de nous et parfois, je me demande le moment précis où ce côté sombre surgit pour prendre le contrôle du libre arbitre qui, normalement, devrait nous conduire vers la raison et nous permettre d’adopter sans efforts des comportements sociables, légaux ou philanthropiques…

Pendant près de vingt ans, j’écrivais sans jamais avoir soumis mes écrits à quiconque. Je n’ai pas conservé mes écrits pour la plupart car j’ignorais que ces manuscrits valaient la peine d’être soumis à un éditeur. Et comme souvent les proches sont nos meilleurs révélateurs, mon frère, David Adonon (Professeur d’Allemand) a eu la curiosité en 2010 de parcourir deux de mes manuscrits. Et il était très surpris que je n’aie pas cherché à les faire éditer. Devant mon refus persistant de franchir le pas, David les a faits lire à son épouse, Aurélia Rivière-Adonon (Docteur en Archéologie) qui arriva en renfort. À eux deux, ils me convainquirent de les envoyer à une maison d’édition.

Dès la première maison d’éditions, les deux manuscrits ont été acceptés. Cette acceptation a donné naissance en 2011 aux romans ‘’Le Sourire macabre’’ et ‘’Le Plat qui se mange froid’’ aux Editions Amalthée, à Nantes. Ensuite, j’ai publié « Cœur insomniaque », « Parole d’immondices » et « Pour une poignée de Gombo ».

Êtes-vous satisfaite de la promotion de vos livres en France et au Bénin ?

La promotion de mes œuvres incombe essentiellement à Éditions Amalthée, ma maison d’édition. Je ne reste pas non plus les bras ballants car je fais des dédicaces et j’exploite aussi les réseaux sociaux. Pour le moment, le plus grand événement littéraire à mettre à mon actif est sans conteste, ‘’La 25ème Heure du Livre’’ au Mans. C’est un Salon littéraire d’envergure qui rassemble les écrivains du monde entier. En 2011, l’Afrique était à l’honneur. Et j’y étais.

Le livre au Bénin a besoin d’être catégorisé et les auteurs béninois où qu’ils se trouvent, doivent être sérieusement répertoriés.

En ce qui concerne le Bénin, la promotion de mes ouvrages n’a pas encore atteint le niveau escompté d’autant plus qu’à Cotonou, mes romans ne sont disponibles qu’à la librairie Buffalo. J’aimerais qu’à l’instar des pays francophones européens et le Québec, mes œuvres soient accessibles dans toute l’Afrique. À mon avis, pour atteindre cet objectif, il faudrait une réédition de mes ouvrages par une maison d’éditions africaine afin d’en rendre le prix abordable à une certaine catégorie du public africain.

Cette situation n’est-elle pas tributaire de l’état de la littérature béninoise et de la vie du livre au Bénin ?

C’est normal. Le Bénin regorge de littéraires, mais cette littérature fertile y est sous- exploitée, peu valorisée. Et je suis fort aise d’apprendre que le Président de la République du Bénin, son Excellence Yayi Boni a conséquemment augmenté le budget alloué à l’Art. C’est très louable de sa part. Cette initiative est plus que judicieuse car l’écrivain, comme le musicien, le peintre ou l’acteur, a besoin de fonds pour faire éclore son talent et le promouvoir. Chaque réalisation artistique est onéreuse et tout soutien pécuniaire est le bienvenu. Le livre au Bénin a besoin d’être catégorisé et les auteurs béninois où qu’ils se trouvent, doivent être sérieusement répertoriés. Il faudrait procéder à un recensement des auteurs béninois qui aboutira sur une classification.

Une classification des auteurs béninois serait la panacée selon vous ?

Un début de solution en tout cas. Je m’explique : en créant une espèce de nomenclature des écrivains béninois, on devrait pouvoir y faire figurer les auteurs en fonction de leur domaine littéraire. On créerait diverses catégories qui peuvent aller de la littérature jeunesse à celle spécialisée en sciences humaines et sociales (l’histoire, la géographie, la philosophie, les langues, la culture, économie, politique…), en sciences naturelles, sciences de la nature (l’environnement)… Les poètes appartiendront à une rubrique spécifique. Et les romanciers doivent avoir leur classification : romans contemporains, romans policiers, pièces de théâtre… D’après mes renseignements, le Bénin n’est doté officiellement ni de classification des auteurs, a fortiori de registre littéraire intégral.

Pour la majorité de mes compatriotes, écrire n’est pas un travail ! … Ils ont du mal à admettre l’idée que l’on puisse s’acheter un bon livre pour le plaisir de lire… 

Par ailleurs, il appartiendra au Ministère de la Culture d’inculquer à la population, la valeur de la création artistique et le respect dû au créateur, quel qu’en soit le domaine. Je prends mon cas d’écrivain. Pour la majorité de mes compatriotes, écrire n’est pas un travail ! Et une fois que le livre est édité, c’est sans aucune vergogne que certains s’attendent à se voir offrir des livres systématiquement à titre gracieux. Ils ont du mal à admettre l’idée que l’on puisse s’acheter un bon livre pour le plaisir de lire… Toutefois, il va de soi que certains exemplaires sont offerts pour la promotion entre autres. Tout de même, il faut bien que l’écrivain rentre dans ses frais, et parvienne, pourquoi pas, à vivre de son œuvre ! Point n’est de la radinerie que de suggérer parfois qu’un livre est une marchandise, un objet de transaction… Dernier point, les auteurs béninois contemporains sont tout à fait valables et mériteraient que leurs œuvres soient mises au programme comme manuels scolaires.

Interview réalisée par Wilfried Tchekpo (Collaboration) ©www.benincultures.com

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3 commentaires

  1. Bonjour,

    Suite à l’article, oUF ! Production vous informe avec grand plaisir avoir mis le livre « Pour une poignée de Gombos » en vente à la Librairie de France, dans les librairies de Cotonou, aussi à Porto-Novo, Bohicon, Allada et Abomey-Calavi. Bientôt des exemplaires seront disponibles à Natitingou.

    Le roman est également mis en vente en Côte d’Ivoire. Très prochainement il y aura des exemplaires disponibles à Bujumbura au Burundi.

    bonne lecture,

    pour la maison de production,
    Hilde Baele
    oUF! Production

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