Portrait : Emo de Medeiros, l’art au pluriel

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Si l’on se demande ce que fait cet homme au sourire captivant et au visage caché derrière ses lunettes de protection, on dira qu’il entretient un caprice de créateur. Mais… pas pour de la simple frime ! Emo de Medeiros entretient une sorte de scrupule qui donne toute la lumière à son œuvre, multiforme.

Emo de Medeiros est d’une pluralité artistique inconnue du grand nombre des Béninois, ses frères de patrie. Son expression passe par la vidéo, le graphisme, la photographie, la modélisation 3D, la musique… De l’œuvre de cet artiste plasticien numérique que l’on qualifiera de moderne, on retient une diversité tant du point de vue des sujets, des volumes que des enjeux.

Son travail trouve son ancrage dans un témoignage du temps et des espaces, fort nombreux, que Emo de Medeiros parcourt, depuis son Cotonou d’enfance au Bénin à New York ou à Boston aux Etats-Unis en passant par Paris en France. Il fait ainsi un travail d’intégration de matières variées de différentes cultures pour en arriver à des créations qui interpellent sur les chemins de l’universel. Son principe de travail est celui de la contexturation que l’artiste monnaie ici : « La contexturation induit les notions d’interrelation et d’interconnexion qui existent entre les éléments mis ensemble et créant un mélange de structures, de textures ».

Si le principe ne s’appréhende pas aisément, le praticien développe un peu plus les étapes de construction de son travail par cette technique comme suit : elle est « régie par trois processus moteurs. Primo celui d’une rythmique, ou périodicité efficiente, qui induit des effets de réactivation, de recyclage, de réitération, de récurrence et/ou de ritournelle dans l’agencement des textures au sein des œuvres ou entre elles, dans leur contexte de création puis de monstration. Secundo, l’improvisation, déterminant la part d’indéterminé nécessaire à tout artefact, ou œuvre d’art. Enfin, celle de participation collective, que ce soit celle induite par la collaboration avec des artisans dans la fabrication des œuvres, ou celle dérivée du dispositif de l’exposition ou de l’installation qui permet  de faire l’expérience des artefacts ». On tient davantage le concept qui, à l’aveu paraît quelque peu technique. Mais y faire commerce par les réalisations de l’artiste le rend plus fréquentable.

Des univers entremêlés

Emo de Medeiros entretient une sorte de scrupule qui donne toute la lumière à son œuvre, multiforme. ©DR
Emo de Medeiros entretient une sorte de scrupule qui donne toute la lumière à son œuvre, multiforme. ©DR

Certaines séries de l’œuvre d’Emo de Medeiros nous plongent dans ce qu’il convient de nommer l’art total de ce Franco-Béninois. « Mempo » est une série de l’artiste qui développe l’esthétique des masques traditionnels japonais hérités du personnage Iron Man. Il s’y note une couture de médiums relevant de sa technique de la contexturation. Des masques, des plumes, des tablettes projetant de la vidéo et la présence d’un ange protecteur. L’ensemble offre une réalisation tenant de l’ordre de la sculpture, faite de récupération, en même temps du montage. Le public est appelé à s’installer devant les yeux des masques et à y voir, de face, donc de visage à visage, le contenu animé. Et derrière, cette once de spiritualité figurée par l’évocation des anges.

La dynamique n’est autrement pas rompue avec sa série « Electro-fétiches ». Des éléments « tenant spécifiquement de la spiritualité que de la religion, vodoun », précise le créateur, sont patents dans cette collection. L’une des pièces emblématiques en est le « Saint WaHo ». Une structure haute composée de boites de conserve soudées et perchant le dieu de la protection dans le panthéon vodoun (Tolègba). Ce dernier en emplumé et repose sur une boite estampillée « Campbell’s Tomato soup ». Au bas, est installé un téléphone à numéro et un code QR. Appelez le numéro ou flashez le code et la voix d’Andy Warhol vous répond. Seulement, c’est presqu’à un rite que convie cette installation. Celui d’une demande, d’un vœu, d’un souhait, tel qu’il s’en fait dans des confessions religieuses, à un être transcendant. A « Saint WaHo », il est « hautement recommandé de faire une petite offrande, même silencieuse, pour accroître sa chance de manière générale, même si l’on n’a pas en tête de souhait précis ». Emo de Medeiros joue sur cette composante de l’humain qui le tend vers le Supérieur comme par une disposition immanente. Et toujours, la composition, la contexture.

Le tour de l’œuvre de cet artiste n’est pourtant pas fait avec ces vues. Il est photographe, avec « E-canvasses » ou « Videotrax », photographe modélisateur, avec la collection « Zémidjan », réalisateur avec « What Makes a Fighter ». Fils du monde sans conteste, Emo de Medeiros réinvestit son identité mixte dans sa création et participe avec attrait au Palais de Tokyo en 2014 avec son installation « Kaleta/Kaleta ». Son volume est suffisamment ample pour son parcours. Comme en 2013 déjà où il était reçu au 58e  Salon de Montrouge avec son installation remarquée intitulée « Black Light Sanctuary ». Une création qui mélange musique, œuvres vidéo et « électrofétiches connectés numériquement ».  Mieux il projette à compter de cette année 2015 offrir des formations à la production d’œuvres d’arts numériques à de jeunes béninois. Ceci, à travers le Projet Atlantic Arts, en s’aidant de ses amis et étudiants internationaux. Une vision qui ouvrira plus de perspectives pour les arts visuels au Bénin avec une dimension multimédia qu’explorent déjà des artistes comme Ishola Akpo.

©www.benincultures.com

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