Philippe Delaigue : « Si le théâtre s’approprie le lycée, les lycéens s’approprieront le théâtre »

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L’École Internationale de Théâtre du Bénin (EITB), La Fédération-Cie Philippe Delaigue, et l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT). Elles sont trois organisations à s’allier pour créer ensemble une pièce de théâtre pour l’espace du lycée et pour les lycéens. Le projet dénommé « Cahier d’histoires #3 » mettra en scène 4 pièces thématiques de 4 auteurs francophones contemporains. 6 comédiens professionnels issus de l’EITB sont distribués dans cette pièce par 2 metteurs en scène, le Béninois Alougbine Dine et le français, Philippe Delaigue. Ce dernier, dans cet entretien, donne plus de détails sur le projet.   

www.benincultures.com : Le mercredi 23 septembre 2015, l’Ecole Internationale de Théâtre du Bénin (EITB) va accueillir la première de la pièce « Cahier d’histoires #3 ». Comment est né le projet de création ?

Philippe Delaigue : En France, en me basant sur les textes écrits par quatre auteurs  français sur quatre différents thèmes à savoir la politique, l’amour, la mort et le désir d’ailleurs,  j’avais créé trois « Cahier d’Histoire » qui étaient des spectacles de vingt minutes adressés aux lycéens. Ces pièces étaient jouées par six acteurs. Le premier était joué en France avec des acteurs français. Ensuite, j’ai fait un « Cahier d’Histoire #2 » typiquement maghrébin joué avec des auteurs et des acteurs du Maroc et de l’Algérie. L’objectif était d’avoir un autre regard sur les mêmes thèmes.

Le « Cahier d’Histoire #3 » a été joué  lors du 30e Festival International des Francophonies en Limousin, en France, du 26 septembre au 5 octobre 2013 sur le même principe et toujours avec les mêmes thèmes. Mais cette fois-ci, c’était un « Cahier d’Histoire » de l’Afrique de l’Ouest avec les textes de quatre auteurs de l’Afrique de l’Ouest originaires du Bénin, du Togo, du Sénégal et du Congo. Ce dernier « Cahier d’Histoire » n’a jamais été présenté en Afrique. On devait le jouer au Festival International de Théâtre du Bénin (FITHEB) mais cela ne s’est pas fait.

J’ai alors proposé au Directeur de l’Ecole Internationale de Théâtre du BéninAlougbine Dine, de recréer ces pièces avec les anciens élèves de l’EITB. Ce qui n’a plus rien avoir avec les spectacles que j’ai créés en France avec les acteurs africains qui y vivent. On a décidé de recréer ces quatre pièces avec quatre écrivains africains. « La Déclaration » du Béninois de José Pliya sur le thème de l’amour ; « Où est passé le temps » du Togolais Gustave Akakpo sur la politique, « Imagine » du Congolais Julien Bissila sur le désir d’ailleurs et « Le Symbole » de la Sénégalaise Penda Diouf sur la mort.

Et depuis quelques semaines, je suis à Cotonou pour la création. Je suis accompagné par deux étudiantes en scénographie et Lumière de l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT) de Lyon qui encadreront l’équipe technique également composée d’anciens étudiants de l’EITB.

Comme vous venez de le dire, « Cahier d’Histoire » tourne autour des thématiques comme l’amour, la mort, le symbole et le désir d’ailleurs et sera proposé aux lycéens dans les lycées. Dans le traitement des dramaturges, qu’est-ce qui fait la spécificité de leurs regards par rapport à la jeunesse ?

Déjà le décor de ces pièces sont des lycées et chacune de ces pièces à sa spécificité. Celle de Julien Bissila raconte l’histoire d’une femme aveugle qui s’apprête à embarquer de Kinshasa à Brazzaville en traversant le fleuve Congo. Julien Bissila imagine à travers ce texte très intéressant, l’Afrique en 2090. Il décrit sa manière à lui de rêver. Cela se rapporte bien à la réalité des pays africains.

José Pliya avec « La déclaration » sur l’amour, parle d’un professeur qui décide de convoquer son mari dans une salle de classe parce qu’elle réalise qu’il ne l’aime plus. Et devant ses élèves, elle veut que son mari lui fasse une déclaration d’amour. A un moment, une jeune collègue vient à elle et tout de suite, elle s’ouvre à elle et lui confie ses chagrins d’amour tout en décidant de faire de sa collègue, la potentielle rivale de son mari. Elle dira par la suite à son époux qu’elle est tombée amoureuse de cette femme et que c’est pour cela qu’elle envisage de le quitter.  Evidemment, par rapport à la situation béninoise en découle tout le regard porté sur l’homosexualité.

Gustave Akakpo quant à lui parle de la révolution au Togo. Trois personnes qui se retrouvent dans une classe, un militaire, un professeur et un amnésique. On ne sait pas si ce dernier est un élève ou un professeur à cause de son âge avancé. Au bout d’un moment, ce monsieur amnésique va confesser qu’il n’a pas vécu pendant seize ans. Cette situation va créer un moment de trouble. Au fil de la pièce, on s’apercevra que ces trois personnages se connaissaient des années avant et qu’ils avaient participé entre temps à de grandes manifestations contre Eyadema. Et au cours de ces manifestations, ce dernier a reçu un coup de machette sur la tête. Ce qui lui a fait perdre la mémoire pendant des années.

« Le Symbole » de Penda Diouf parle d’un frère et d’une sœur qui viennent raconter l’histoire de leur petit frère qui est mort parce qu’il avait parlé Wolof en classe alors que le Sénégal était indépendant. Ici, Penda Diouf se demande pourquoi après l’indépendance, la langue du colon continue d’être parlée ?

En somme, ces dramaturges nous proposent des sujets très ancrés dans les réalités africaines. Ce qui rejoint justement l’objectif du « Cahier d’Histoires ».

Qu’en est-il du rendu du traitement scénique ?

Ces pièces sont faites pour être jouées indépendamment les unes des autres. Donc on peut jouer deux pièces dans un lycée le matin. Une dans la cour et une dans une salle de classe. Et les deux autres pièces dans l’après-midi au niveau de la cour ou dans la salle de classe. Et on a créé aussi une version scénique qui permet de sortir des lycées et de toucher un public plus large. Ce sont des pièces qui s’adaptent assez facilement.

Pourquoi avoir voulu que ces pièces soient jouées par les anciens élèves de l’EITB ?

C’est un choix de Dine Alougbine, directeur de cette école. Il a voulu que les trois promotions soient réunies autour d’un même spectacle.

Le spectacle sera-t-il diffusé uniquement au Bénin ?

La première version de ce « Cahier d’Histoire » a été créée et jouée en France. Cela a beaucoup intéressé les lyciens qui voulaient découvrir le regard des auteurs africains sur l’adolescence. Le but c’est donc d’aller  jouer ces spectacles dans plusieurs lycées en Afrique de l’Ouest. Du coup, on envisage de le faire dans les lycées publics et les lycées français qui ont les moyens d’acheter les spectacles.

Et en France ?

Pour le moment non. On attend de voir si nous avons les moyens de les exporter en France. Mais cela m’étonnerait puisque la vraie vocation de ce spectacle est qu’il soit joué ici en Afrique.

©www.benincultures.com

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