Performance de Prince Toffa à Paris : innovation ou désacralisation ?

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L’artiste plasticien béninois Prince Toffa a réalisé une performance dans les rues à Paris après l’ouverture de l’exposition « Hier, Aujourd’hui, Demain » le 11 septembre 2018 dans la Galerie Valois, une exposition qui présente les costumes des Egoungouns de la Collection de M. Alain Dufour et des œuvres d’artistes contemporains béninois liés à ce thème. Les images de cette performance ont soulevées beaucoup d’opinions dans le rang des artistes et le public.

Un Egoungoun marche dans les rues de Paris. Il est accompagné par son guide appelé « Manlio » en langue nationale par les initiés. Un Guide élégant, bien habillé aux couleurs des styles modernes. Des cheveux bien peignés, moustaches et barbes bien dessinées, des lunettes fumées lui donnant un air à la fois branché en langage jeune mais aussi un air sombre et ténébreux ; un habit manches longues avec une colle et des bouts manches blancs, un pantalon rouge au vin qui semble avoir été repassé avec soin, des chaussures en cuir bien cirées. Ce Manlio en la personne de l’artiste plasticien béninois Dominique Zinkpè marchait devant le Egoungoun avec son bâton en main. Ce bâton semblable à un bouclier paraît bien raffiné. Des passagers présents sur les images de cette performance ne se privaient de regarder, ou de filmer. Voilà ce qu’on aperçoit en observant les images de la performance de Prince Toffa réalisée après l’ouverture de l’exposition « Hier, Aujourd’hui, Demain » à la Galerie Valois de Paris avec l’artiste plasticien Dominique Zinkpè. Ces images ont fait l’objet de plusieurs analyses. Serait-ce de l’innovation artistique ou une désacralisation des patrimoines ? C’est la question que le public, les profanes, et d’autres artistes plasticiens se posent. Tété Azankpo, artiste plasticien béninois estime que l’on ne saurait traiter cette performance d’un acte de désacralisation du culte Egoungoun. « Le Bénin selon moi est dans une logique de quoi montrer, quoi valoriser dans ses traditions et surtout comment le faire pour attirer du monde. Pour cette performance, nous assistons à une démystification du Egoungoun comme richesse et patrimoine culturel. Cela de loin pourrait susciter de révolte dans le rang des dignitaires. Mais les temps ont évolué et l’art aussi peut s’adapter » explique-t-il. Les temps ont changé et parfois la présentation des divinités change avec, explique Gérard Quenum, un autre plasticien béninois. « Aujourd’hui, nous voyons plusieurs adaptations des réceptacles de nos divinités. Les yeux des divinités sont symbolisés par des ampoules, des maillots des stars du Football sont portés à des divinités, les calebasses sont remplacées des bols plastiques devant l’autel de ces divinités, des biscuits, des bonbons et des boissons sucreries sont donnés en offrande à ces mêmes divinités…cela montre qu’avec le temps on s’adapte aux réalités de l’époque qu’on traverse. L’art contemporain au même titre a évolué et s’inscrit dans une logique globale. De ce point de vue, la performance de Prince Toffa peut ne pas être interprétée de travers. Toutefois, cette performance à Paris est une reproduction du Egoungoun en terre étrangère. Sans une connaissance précise des dispositions préalables prises par le performeur, vu de loin, cela frise une désacralisation du culte Egoungoun et les initiés peuvent ne pas l’accepter. L’artiste doit savoir que l’art à des limites » renchérit-il

La création contemporaine face à la question de la censure d’art

« Ce que le performeur a fait est une création, une innovation. Mais cela a été mal interprété et mal reçu du public. Le problème qui se pose est un problème de censure d’art » explique Romuald Tchibozo, professeur d’histoire de l’art contemporain à l’Université d’Abomey. « C’est la thématique des relations humaines et de la spirale que forment les hommes. L’artiste a peut-être des limites et des exigences. Toutefois, en créant il pourrait forcément offenser ou frustrer des personnes. Dans le choix de ses éléments de compositions, l’artiste peut faire usage des objets qui à son entendement n’ont pas peut-être une certaine portée mais qui pour d’autres personnes ou sous d’autres cieux, sont des objets sacrés. Et sans forcément le vouloir, la création de l’artiste va être mal reçu » ajoute Marion Hamard, Responsable du pôle artistique et partenariats du Centre de Lobozounkpa. L’artiste dans sa création doit-il se mettre barrière ? La créativité devrait-elle avoir de limites ? Autant d’interrogations qui restent posées.

Chanceline MEVOWANOU

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