Patrice Talon : la restitution des biens culturels, « un moyen de lutte contre la pauvreté »

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Lors de son discours à l’ouverture de la Conférence internationale sur la circulation des biens culturels et patrimoine en partage ce 1er juin 2018 à Paris, le président béninois est longuement revenu sur les raisons qui motivent le Bénin a réclamé la restitution des biens culturels à lui dérobés. Et pour Patrice Talon, ces raisons sont au-delà des considérations d’ordre politique, historique, sociologique ou philosophique.

« La restitution, le partage et la circulation des biens culturels sont désormais pour le Bénin, un moyen de lutte contre la pauvreté, un facteur de création d’emplois et de richesses, un outil de développement socioéconomique ; toute chose qui relève des objectifs de l’aide au développement et de la coopération ». Le temps d’un discours prononcé devant les participants à la conférence internationale sur la circulation des biens culturels et patrimoine en partage ce 1er juin à Paris, le président béninois Patrice Talon s’est permis, une fois de plus, de motiver la demande de restitution de biens culturels formulée par le Bénin, le 26 août 2016.

Pour lui, il faut voir « au-delà des considérations d’ordre politique, historique, sociologique ou philosophique », qui, loin d’être anodines ne constituent pourtant pas les seules raisons qui motivent cette démarche du Bénin en particulier et des autres payes concernés. « La restitution et la circulation des biens culturels et patrimoines partagés est une cause que devra servir la coopération internationale. Pour nous les pays en quête de développement, c’est aussi un moyen franc, sincère et efficace d’aide au développement », explique le Chef de l’Etat Béninois.

Dans son allocution, il argumente qu’une fois retournés dans leurs pays d’origine, les biens culturels béninois, constitueraient le parfait alibi pour le gouvernement installé depuis 2016 pour continuer son important programme de développement du secteur de la culture et du tourisme ; l’objectif étant d’augmenter le potentiel d’attractivité et d’investissement du Bénin, dans un secteur réputé porteur de développement socioéconomique.

« C’est dans cette dynamique que le Bénin a entrepris de construire trois musées dotés des moyens les plus modernes de conservation et d’exposition pour révéler au monde, dans un esprit nouveau, sa contribution et son rôle dans l’évolution de l’humanité », confie Patrice Talon.

Le nécessaire consensus

Devant l’assemblée présente à cette conférence, le président béninois s’est montré à la fois ferme, déterminé mais prudent. Tout en martelant la volonté de son pays à poursuivre sur le processus, il a voulu en appeler au consensus au sein de la communauté internationale, mettant devant leur responsabilité « les éminents spécialistes, décideurs et intellectuels du monde entier ici réunis » et qui  devront trouver «l’inspiration nécessaire à la bonne formulation des recommandations et approches permettant de relever un défi désormais à notre portée, celui de la renaissance de certains biens culturels ».

Et pour les y aider, il rappelle à juste titre la Résolution 3187 de l’Assemblée Générale des Nations Unies (du 18 décembre 1973, ndlr) qui stipule que la restitution constitue une juste réparation du préjudice historique ; et l’appel lancé, il y a 40 ans (en juin 1978, ndlr) par Amadou-Mahtar M’Bow, alors Directeur Général de l’Unesco « pour le retour à ceux qui l’ont créé d’un patrimoine culturel irremplaçable ».

Si dans le premier cas, l’Assemblée Générale des Nations Unies « affirme que la restitution prompte et gratuite à un pays de ses objets d’art, monuments, pièces de musée, manuscrits et documents par un autre pays, autant qu’elle constitue une juste réparation du préjudice commis, est de nature à renforcer la coopération internationale », le Directeur de l’Unesco a pour sa part rappelé que « restituer au pays qui l’a produit telle œuvre d’art ou tel document, c’est permettre à un peuple de recouvrer une partie de sa mémoire et de son identité ; c’est faire la preuve que, dans le respect mutuel entre nations, se poursuit toujours le long dialogue des civilisations qui définit l’histoire du monde ».

Deux textes que le Chef de l’Etat béninois n’aura finalement pas choisis par hasard. Car, dit-il, « le Bénin reste convaincu d’une chose: quelles que soient les circonstances historiques de délocalisation des biens, la coopération et le partenariat restent le moyen le plus efficace pour leur renaissance et leur rayonnement durable au profit de tous ». Sera-t-il entendu ?

Eustache AGBOTON ©www.benincultures.com

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