Musée de plein air de Parakou : 10 ans d’une vie en pointillée

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Alors que le musée ethnographique et de plein air de Parakou est ouvert au public depuis une dizaine d’années,  les travaux de sa construction n’ont jamais été achevés. De fait, au lieu d’être un lieu d’attraction et de tourisme, il survit, pesant sur les bras de son conservateur et d’un personnel presqu’inexistant et peu qualifié.

« Inachevé, c’est le mot qui convient pour ce musée dont l’idée d’origine était de présenter les habitats, la faune, la flore des départements de la région. Hélas, la réalité n’incite pas à conseiller cette visite ». Sur son site internet, l’agence de voyage « Bénin Tours » n’a pas lésiné sur les mots pour décrire l’état actuel du musée ethnographique et de plein air de Parakou. Si cet avis est presque partagé par l’ensemble des professionnels de tourisme interrogés, c’est que le musée, implanté à l’entrée de Parakou, ville cosmopolite situé à plus de 400 kilomètres de Cotonou, ne présente aucun signe d’amélioration depuis son ouverture au public le 28 juin 2004.

Les travaux de construction de ce musée démarrent en septembre 1972 presque trois ans après la pose de sa première pierre, le 11 novembre 1969. La délimitation de la superficie de 55 ha pour abriter le musée, le creusement d’un puits ainsi que la construction de trois tatas Somba (habitats traditionnels du Nord du Bénin) seront les premières avancées notées avant la suspension des travaux en mars 1974 pour des raisons de trésorerie. Ils ne seront relancés qu’en 1999 par l’Etat qui se concentre cette fois-ci sur les aspects architecturaux et ethnographiques du projet originel.

Depuis, le musée donne l’impression d’un chantier inachevé car bien loin des prévisions et des objectifs par le président Hubert Maga, 1er Président du Dahomey indépendant et initiateur du projet. En effet, comme le souligne Léon Doko, le directeur du musée : « …dans le projet initial, le musée ethnographique et de plein air de Parakou devait présenter de la culture nationale et régionale du Bénin à travers son architecture traditionnelle, un jardin botanique, la faune, la flore, la zoologie, l’ethnologie, l’archéologie, l’art vestimentaire et la vie sociale et artistique ». Mais, déplore-t-il, « on est encore loin de cet objectif ».

Le musée aujourd’hui

Parakou. Par une matinée du mois de Juillet 2014. Quelques dizaines de mètres après le rond-point à l’entrée de la ville en venant de Cotonou. Le musée ethnographique et de plein air de Parakou se remarque à gauche par la longueur exceptionnelle et la hauteur de sa clôture. Devant l’entrée, une plaque indicative et une guérite qui évoque l’architecture traditionnelle du Borgou.

Le portail franchi, une buvette s’offre à gauche. Alors que des chaises et tables sont posées ça et là, sous les arbres, pour recevoir les clients, un des tatas sert de magasin aux casiers de boissons. Un peu plus loin, un rond-point giratoire. Trois blocs construits sur le modèle des tatas Somba se présentent au visiteur. Chaque bloc est constitué de neuf cases rondes. On retrouve, à droite, le bloc abritant les salles d’exposition. Au milieu, le bloc administratif et à gauche, le bloc animé par les artisans. Depuis 2008, un quatrième bloc est en construction pour recevoir les expositions temporaires. Inachevé, il abrite souvent les répétitions des groupes artistiques.

Ouvert tous les jours de 9 heures à 18h30, sauf les jours fériés, il est possible de visiter l’exposition permanente. Pour cela, des tickets de visite sont disponibles à 100 fcfa (élèves), 200 fcfa (étudiants), 500fcfa (adultes béninois) et 1 000fcfa (étrangers). Ce jour-là, au bloc administratif où il faut se rendre pour avoir les tickets, la qualité de l’accueil laisse à désirer. L’ensemble du personnel, qui se résume, en plus du gardien absent, à une secrétaire, deux guides et le directeur du musée sont dans la pièce, à l’entrée, qui sert de salle d’attente. Quelques minutes plus tard, et après les formalités nécessaires, la visite du musée peut commencer.

 » Les ministres viennent et repartent… Mais rien ne change »

En compagnie d’une des guides, qui se trouve être une stagiaire, les neuf cases rondes du bloc muséal sont parcourus en trois quarts d’heures. En résumé, le musée ethnographique et de plein air de Parakou offre à voir aux visiteurs divers objets. De la poterie décorative et rituelle, des textiles, des armes blanches et à feu, des calebasses gravées, des instruments de musique ou encore des sculptures en bois. On y retrouve aussi des mobiliers domestiques, des objets utilisés pour les rituels, des outils agricoles ou de forge et des attributs du pouvoir.

Le hic, l’ensemble des objets ne représente que deux ethnies du nord Bénin contrairement à ce qui était prévu au début. « C’est ce que les moyens ont pu permettre de réaliser. Le grand projet initial du musée était de présenter l’habitat traditionnel, la culture, la faune et la flore des départements du Borgou, du Zou et de l’Atakora tout au moins. Mais aucun aspect n’est finalisé. Et ce que vous voyez comme objets est tellement insignifiant mais on fait comme on peut », explique Léon Doko, directeur du musée depuis 4 ans.

« Faire comme on peut ». Ce bout de phrase est devenu comme le leitmotiv de ce diplômé du Centre Régional d’Action Culturelle (CRAC) à Lomé au Togo. Il affirme avoir déjà reçu, depuis sa nomination, les visites de Valentin Djenontin et de Jean-Michel Abimbola, Ministres successifs en charge du secteur de la Culture. Et chaque fois, le processus est le même. « Dès leur nomination, ils viennent toujours pour les visites de prise de contact. Et je leur pose nos problèmes. Ils me demandent de leur faire le point. Je le fais mais il n’y a pas de suite », constate-t-il. De fait, ajoute-t-il, « le musée est géré sans budget de fonctionnement et sans subvention. Ce sont nos activités qui permettent de payer le gardien. Et tous les travaux que j’essaie d’initier sont financés par les droits que nous percevons chez ceux que nous avons autorisés à s’installer ici ». Le projet originel sera-t-il un jour concrétisé ? « Tout dépend de la volonté politique. Je l’ai encore transmis récemment au Ministre de la Culture et à la Direction du Patrimoine Culturel. On attend de constater leurs actions », répond, dépité, Léon Doko.

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