Michel OUEDRAOGO, Délégué Général du FESPACO : « Je n’ai jamais été à Quintessence parce que … »

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Michel OUEDRAOGO, Délégué Général du Fespaco ©Bénincultures

Le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou se tient pour la 23ème fois depuis le 23 février 2013. A quelques jours de la fin de cette édition, le Délégué Général du Festival, Michel OUEDRAOGO s’est confié aux questions de l’envoyé spécial de Bénincultures sur place. Les enjeux du 23ème Fespaco, l’état du cinéma africain, les relations du Fespaco avec le festival Quintessence et surtout les difficultés rencontrées par la délégation béninoise aux premiers jours du festival, l’ancien journaliste se prononce sans ambages. Entretien.

La 23ème édition du Fespaco se tient depuis quelques jours déjà. Êtes-vous satisfait du déroulement des manifestations ?

Je pense que c’est aux différents participants de répondre à cette question. Nous, nous ne pouvons être juge et parties. Mais je puis vous rassurer que le Comité National d’Organisation du Fespaco œuvre véritablement pour que tous ceux qui sont venus au Burkina, à savoir les professionnels du cinéma, les hommes des médias, puissent vivre la fête du cinéma dans les meilleures conditions. C’est ce que nous nous attèlerons à faire tout au long du festival.

Néanmoins, certains dysfonctionnements ont été notés notamment en ce qui concerne les accréditations. Certains festivaliers et journalistes sont toujours en attente de leurs badges…

Il n’y a pas eu de dysfonctionnements. Il y avait des délais à respecter. Mais vous les journalistes, vous ne respectez jamais les règles. Et après vous voulez accuser les autres. Je dis non. On a donné des dates mais il y a des journalistes qui continuent de demander des accréditations jusqu’aujourd’hui. Nous nous occupons d’abord de ceux qui se sont inscrits régulièrement avant de traiter les nouvelles demandes. Si les uns et les autres ne veulent pas venir au Fespaco et attendre des jours avant d’avoir leur accréditation, qu’ils respectent les dates d’inscription. Pour les médias nationaux, nous avons arrêté la date de demande d’accréditation depuis novembre. Vous imaginez qu’aujourd’hui encore, des journalistes burkinabés s’inscrivent. Mais je ne donne plus. Ils iront écrire et dire tout ce qu’ils veulent mais ce n’est pas la faute au Fespaco. Je crois qu’il faut que chacun s’impose une rigueur, qu’on respecte les délais, les dates d’inscription. On pourra alors satisfaire les uns et les autres.

C’est la même chose pour les professionnels de cinéma. Aucun de ceux qui sont en compétition n’a attendu son badge. Nous les connaissons. Nous connaissons leur date d’arrivée. Il y en a qui ont reçu directement leur kit complet dès leur arrivée à l’hôtel. C’est ce que nous souhaitons pour tous ceux qui font le déplacement. Nous souhaitons que tout le monde soit organisé et rigoureux. Si nous voulons que ce festival se déroule dans de bonnes conditions, sans trop de bousculade, sans trop d’attente, sans perte de temps, nous devons respecter les délais indiqués.

Si nous voulons que ce festival se déroule dans de bonnes conditions, sans trop de bousculade, sans trop d’attente, sans perte de temps, nous devons respecter les délais indiqués.

La délégation béninoise était annoncée et attendue. Pourtant, il parait que les membres de cette délégation n’ont eu leurs badges qu’après de rudes « batailles »…

Il n’y a eu aucune bataille. Il faut déjà que les uns et les autres arrêtent de parler de béninois, togolais ou autre. Nous traitons tous les festivaliers de la même manière. En ce qui concerne le problème que vous posez, il faut situer les responsabilités. Celui qui parle de bataille, c’est peut être lui qui veut montrer qu’il s’est battu. Mais, il s’est battu avec qui ? Les choses sont simples et il faut éviter de les compliquer. Sur ce festival, nous avons fait plus de 12.000 badges. On ne pourrait pas le faire si on n’était pas organisé. Nous essayons de satisfaire les uns et les autres. Chaque délégation conduite par une structure en charge du cinéma du pays a droit à 10 badges. Si vous venez à Ouagadougou avec une délégation de 40 ou 80 personnes, vous vous débrouillez avec les 10 badges prévus. Que voulez-vous que j’y fasse ? Maintenant quand vous récupérez vos badges et que vous feignez de ne pas les avoir reçus, c’est un autre problème. Je ne souhaite pas rentrer dans les polémiques. Je comprends que chacun veuille faire en sorte que sa délégation soit bien servie et prise en charge, etc. Mais il faut admettre que le Fespaco a fait des efforts et sacrifices. Nous restons souples et compréhensifs.

Les réalisateurs béninois dont les films sont en compétition officielle ont également eu ce problème.

Non, il faut arrêter. Il faut chercher à comprendre la situation avant de faire ces déclarations. Lorsque nous avons écrit à l’Isma (Institut Supérieur des Métiers de l’Audiovisuel, ndlr) du Bénin pour les informer de la sélection de trois de leurs films pour la compétition, nous n’avons jamais invité les étudiants, mais l’école. Et nous avons demandé à l’école de désigner quelqu’un pour la représenter au festival. Il faut savoir que ce ne sont pas les étudiants qui produisent les films, mais l’école. L’école est l’auteur du film. L’étudiant n’est qu’un exécutant sur le terrain.

Mieux, cette année, nous avons décidé d’appliquer des demi-tarifs aux étudiants des écoles qui souhaitent venir. J’ai reçu la liste de 12 étudiants béninois de l’ISMA à qui j’ai fait appliquer les demi-tarifs. Les étudiants de l’ISIS n’ont pas bénéficié de cette faveur. Ils ont acheté leur carte étalon. Quand on fait des efforts pour que les uns et les autres soient à l’aise, il faudrait aussi que la bonne information soit donnée. La bonne information est que nous invitons les écoles mais nous n’invitons pas les étudiants. Et je pense que l’ISMA est bien représentée. Son représentant désigné a reçu son kit sans problème.

Le Fespaco est déjà à sa 23ème édition. Quel regard portez-vous sur le cinéma africain en général ?

Le cinéma africain est en progression. Beaucoup de pays africains se sont lancés dans la production de film. Dans la sélection officielle de cette édition, vous remarquez le retour de l’Afrique de l’Est. Il y a des pays tels que le Mozambique ou le Nigéria qui sont de retour. C’est la preuve que la filmographie africaine se porte bien. Mais il y a encore du travail à faire. Il faut qu’en Afrique, nous commençons par produire en respectant les normes internationales. Il faut faire en sorte que le film puisse plaire à notre public et être compétitif à l’international. Mais il faut donner encore du temps au cinéma africain pour qu’il se développe et puisse véritablement devenir une industrie qui crée des richesses, des emplois et puisse assurer le développement de l’Afrique. Je reste optimiste pour l’avenir du cinéma africain.

Quid du cinéma béninois ?

Nous avons ouvert la 22ème édition du festival avec un long métrage d’un réalisateur béninois. Ce qui a certainement permis que le Bénin comprenne que par le cinéma, il peut aussi donner une visibilité au pays. Le cinéma béninois a besoin d’être encadré. Vous avez de grands réalisateurs. L’essentiel est de se mobiliser autour d’eux et leur donner les moyens de s’améliorer. Sans les moyens, la cinématographie africaine et béninoise ne saurait se développer. Il faut se donner les moyens et il faut faire en sorte que la culture et particulièrement le cinéma soit prise en compte par les gouvernants.

Le Bénin abrite également un festival international de cinéma dénommé « Quintessence ». Y avez déjà été et qu’en pensez-vous ?

Non, je n’ai jamais été à Quintessence.

Quelles sont les raisons de cette absence ?

Déjà, je n’ai jamais été invité. Ensuite, nous n’avons pas de partenariat direct. Vous savez, je suis quelqu’un de très pratique. J’ai toujours souhaité que le Fespaco travaille pour qu’il existe d’autres festivals. Mais, il faudrait aussi que d’autres festivals comprennent qu’ils ne se créent pas contre le Fespaco. Il y a des démarches de certains responsables de festivals qui nous désolent. Et à ce niveau, je répète toujours à certains responsables qu’il ne peut pas avoir de rivalités malsaines. Le Fespaco a parfois aidé certains festivals à se créer en les parrainant. Nous le faisons avec l’idée que c’est ensemble avec tous ses autres festivals que nous allons pouvoir défendre l’identité et les images africaines. Ce n’est pas en travaillant à dénigrer tel festival par rapport à tel festival que nous allons réussir à faire progresser le cinéma africain. Nous restons donc un peu à l’écart vis-à-vis de certains festivals. Lorsque j’ai des relations avec un festival, je souhaite vraiment que ce soit des relations franches et fraternelles mais pas concurrentielles. L’Afrique est trop grande et aucun festival ne peut tout seul faire la promotion du cinéma africain. Donc, il faut qu’on se donne les mains, qu’on travaille ensemble.

Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’après 23 éditions, l’organisation du Fespaco ne devrait plus être la seule affaire du Burkina Faso ?

Depuis que je suis à la tête du Fespaco, je ne demande que cela. Mais il y a le discours et après la réalité. Vous avez remarqué que le lancement du Fespaco se fait désormais en territoire africain alors qu’on le faisait en Europe. Nous avons décidé que le premier lancement de chaque édition du festival se fera en Afrique. En 2009, on était à Dakar au Sénégal, en 2011 à Tanger au Maroc et en 2013, à Libreville au Gabon. C’est notre vision pour le Fespaco. Mais est ce que tous les Etats africains s’intéressent au cinéma? Si je reçois une invitation d’un pays africain qui souhaite que le lancement du Fespaco se fasse chez lui, on s’organise.

Il y a des démarches de certains responsables de festivals qui nous désolent. Et à ce niveau, je répète toujours à certains responsables qu’il ne peut pas avoir de rivalités malsaines.

Ce n’est pas le Burkina Faso qui serait contre. Le Fespaco a certes été créé au Burkina Faso mais le Burkina Faso offre ce festival à toute l’Afrique et au monde. Pourquoi ne pas faire le lancement du Fespaco au Kenya ou en Egypte ? Mais je dis que ce ne sont pas les hommes de médias ni les réalisateurs qui le décident. Cette décision est hautement politique. Il faut que les gens comprennent que le Fespaco est une vitrine pour toute l’Afrique. Nous sommes passés au Gabon et les gabonais savent ce qu’ils ont gagné en terme de communication et de visibilité. La première dame du Gabon était présente à l’ouverture accompagnée du Ministre de la Culture qui reste jusqu’à la fin du festival. Je serai heureux qu’un jour, un Chef d’Etat africain participe à la cérémonie d’ouverture ou de clôture du Fespaco. Je crois que le Fespaco reste disponible pour l’Afrique. Il reste aux africains de montrer que le Fespaco appartient à toute l’Afrique.

 Propos recueillis par Eustache AGBOTON (Envoyé spécial à Ouagadougou)

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