Médias : Entretien avec Olivier Barlet, Directeur des Publications d’Africultures

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Olivier Barlet, Directeur des Publications d'Africultures ©Marcel Dean
Olivier Barlet, Directeur des Publications d’Africultures ©Marcel Dean

La soixantaine, Olivier Barlet est à la tête de l’une des plateformes africaines d’informations culturelles les plus connues : Africultures. L’idée de création de cette plateforme émane d’un groupe d’universitaires et de journalistes qui ont senti le besoin de donner aux artistes africains une visibilité égale à ceux du Nord. D’abord publié sous forme de revue mensuelle puis trimestrielle, Africultures sera doté d’un site Internet qui se révèlera un outil très important. Après une quinzaine d’années d’existence dans sa version web et à l’heure où la plateforme fait peau neuve, nous avons voulu comprendre le fonctionnement du site et surtout ce qui explique sa longévité. 

Bénincultures : Africultures, dans sa version web, c’est déjà plus de 15 ans d’existence et toujours une confusion en ce qui concerne sa nature. Au final, Africultures, est-ce un site d’informations culturelles ou une base de données culturelles en ligne ?

Olivier Barlet : Africultures est un site d’information, de documentation et de réflexion critique sur les expressions culturelles africaines contemporaines. Le socle du site est une base de données très complète qui permet de tout mettre en lien et de retrouver sans difficulté les informations dans toute leur richesse et leur diversité.

Cette base de données, appelée Sudplanète, du nom du site qui lui est dédié (www.sudplanete.net ou bien en plus court et pouvant coller dans les autres langues : www.spla.pro), est développée en mutualisation avec différents opérateurs culturels en Afrique et dans les Caraïbes. Des formulaires faciles à utiliser permettent de gérer en temps réel sa propre information, si bien que tout artiste ou structure culturelle peut actualiser ses données, ajouter des galeries d’images, rendre compte de ses créations, etc.

C’est donc une plateforme participative ?

Oui, tout le monde peut y contribuer. Nous recevons des propositions d’articles d’un peu partout dans le monde, du fait de notre notoriété. Mais c’est aussi grâce à la base de données Sudplanète où chacun peut ajouter de l’information. L’objectif est que l’information soit prise en charge collectivement et que chacun gère la sienne pour sa propre visibilité internationale dans un outil commun, unique, fédérateur et référent.

« Actuellement, 25 portails culturels nationaux sont en cours d’élaboration, reliés par le socle commun qui a entièrement été refondu : www.spla.pro ».

Les acteurs culturels jouent-ils le jeu en participant à l’animation du site ?

Oui, de plus en plus et à tous niveaux. Nous progressons pays par pays : actuellement, 25 portails culturels nationaux sont en cours d’élaboration, reliés par le socle commun qui a entièrement été refondu : www.spla.pro. Le « pro » vient de professionnel. C’est tout le milieu culturel qui est appelé à prendre sa communication en mains pour que les artistes africains aient une visibilité égale à ceux du Nord. Nous développons actuellement des outils qui vont permettre à chaque artiste, chaque festival d’avoir son propre site internet lié à cette base de données et donc sans être perdu au milieu des milliards d’informations du net.

Est-ce là un de vos objectifs en mettant en place Africultures ?

Oui mais on avait une vision plus large. Au départ, on voulait que les expressions culturelles africaines soient véritablement considérées comme contemporaines, au sens de leur place à égalité avec les autres dans le monde, et non réduites à une marginalité. Mais aussi que l’apport de l’Afrique au monde soit documenté et mis en avant, pour que le regard occidental évolue. Et enfin qu’une certaine familiarité avec les œuvres des artistes africains permette de déconstruire les préjugés qui fondent le racisme.

Comment vous est venue l’idée de mettre en place un site pour atteindre ces objectifs ?

Africultures est parti d’un groupe d’universitaires et de journalistes qui faisaient déjà « La Lettre des arts et des musiques africains » de 1992 à 1997. La revue Africultures a correspondu à un besoin de professionnalisation, d’élargissement du groupe pour couvrir toutes les disciplines artistiques, de meilleure diffusion (contrat avec L’Harmattan) et de réactivité à l’actualité puisque la forme de départ était mensuelle sur 96 puis 128 pages.

Ce n’est que lorsque le site internet, créé dès 1998, est devenu plus important que la revue que celle-ci est devenue trimestrielle sur 240 pages.

Au début du projet et au vu de vos objectifs, le nom « Africultures » s’est il révélé plus qu’évident? Pourquoi l’avoir choisi?

Nous étions sur « Cultures africaines » et Africultures fut une idée du dramaturge Koffi Kwahulé (Comédien, metteur en scène, dramaturge et romancier ivoirien, ndlr). Il fallait un nom générique qui comporte en soi l’idée.

Comment fonctionne Africultures?

C’est un collectif associatif avec une vingtaine de salariés et un conseil d’administration. Deux bureaux principaux, l’un à Paris (où se fait notamment le magazine gratuit Afriscope) et l’autre à 700 km au Sud. Quelques salariés sont isolés en France ou en Afrique.

Qui soutient Africultures?

Pas grand monde, en dehors d’un certain nombre d’adhérents. Le financement d’Africultures est surtout lié aux contrats de développement internet que nous trouvons surtout en répondant à des appels à propositions. C’est donc un financement par projets qui nous a permis de réaliser une galaxie de sites internet thématiques, proposant souvent le répertoire d’une profession (basé sur Sudplanète) et des contenus éditoriaux.

Mais nous avons aussi des projets de terrain comme l’agence Afriphoto ou nos actions culturelles en foyers de travailleurs migrants sur Paris et région parisienne.

Quand on sait que la plupart des sites ayant les mêmes objectifs qu’Africultures ne durent pas longtemps, pouvez-vous nous expliquer ce qui fait la force d’Africultures et qui pourrait expliquer sa longévité?

Un groupe d’amis qui croient à ce qu’ils font, suffisamment soudés et engagés pour accepter les salaires minimums. Sans doute aussi une gestion prudente et solide, basée elle aussi sur la sobriété des moyens. Enfin, le fait d’avoir cru dans l’importance de l’internet dès le départ, ce qui fait que notre lettre d’information gratuite hebdomadaire a plus de 193 000 destinataires.

Vous vous êtes beaucoup impliqué dans la formation de journalistes culturels africains. Pensez vous qu’ils jouent effectivement leur rôle?

Les ateliers que j’anime un peu partout et qui regroupent des journalistes qui écrivent sur le cinéma sont toujours passionnants. Le talent est partout et n’a pas besoin qu’on lui dise ce qu’il doit faire. Je n’apporte pas un savoir mais une expérience pour un véritable échange : nous prenons un film et construisons en synergie un papier, des angles pour en parler à un lectorat.

C’est ainsi un apprentissage de la critique qui n’est pas de dire si c’est bien ou mal mais plutôt en quoi un film nous mobilise pour aller de l’avant dans la vie et notre compréhension du monde. Comment en somme, un film construit et nous aide à construire notre liberté.

Les journalistes jouent leur rôle dans des conditions financières difficiles. Ils ont besoin d’ouverture sur l’extérieur pour mieux se former. Ceux que je rencontre dans les ateliers sont très engagés et c’est très encourageant.

Réalisée par Eustache AGBOTON (www.benincultures.com)

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Un commentaire

  1. bonjour,
    je trouve l’assertion de madame Sophie ADONON très bien pertinente et juste .
    Il faut à mon avis une sensibilisation une redéfinition du rôle de l’écrivain béninois dans la société. L’artiste béninois devrait pouvoir vivre de son art ou publication. Nous souhaitons vivement un accompagnement des autorités en charge de ce domaine.
    Merci

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