Littérature : Daté Atavito Barnabe-Akayi et le roman moderne ?

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De l’auditorium où elle était prévue se tenir au théâtre de verdure de l’Institut français de Cotonou, la présentation officielle du premier roman Errance chenille de mon cœur du dramaturge, poète, essayiste et enseignant Daté Atavito Barnabe-Akayi aura été une séance unique de littérature pour le monde qui a fait le déplacement ce samedi 14 février 2015.

Dans son post de ce mardi 17 février sur sa page Facebook, Florent Couao-Zotti, figure notable de la littérature béninoise et africaine francophone, revenait sur les effluves éruptives de ce samedi 14 au théâtre de verdure de l’Institut français de Cotonou. Cette partie qui aura drainé du monde comme il en est de rare autour du livre au Bénin est manifestement un indicateur de l’intérêt que suscite Errance chenille de mon cœur.

Florent Couao-Zotti observe que ce livre fait croire à « « un amusement littéraire » qui parait facile », or, « en même temps [il est] extrêmement compliqué vu le mélange et les contorsions littéraires auxquels le romancier s’est livré ». Le ton est ainsi donné sur les avis. Les premières impressions de lecture de ce roman sont justement celles d’un exercice singulier de style faisant la part grande à une oralisation mordante de l’acte d’écriture traditionnelle de la prose romanesque. L’auteur s’amuse presque, comme le caractérise son air de tous les jours, à faire voir la société par le prisme de Saniath, une jeune étudiante particulièrement légère de mœurs et au regard hilarant quant à la marche de son environnement.

Une rigueur de construction qui fait dire entre autres à Pascal Okri Tossou, Maître de Conférences au Département de Lettres Modernes de l’Université d’Abomey-Calavi et à Florent Couao-Zotti que Barnabe-Akayi fait économie de vérité lorsqu’il pense, par cette œuvre, montrer que la composition d’un roman est un acte facile, « tout le monde peut raconter des histoires ». Evidemment non, rétorque le Professeur Pierre Mèdéhouègnon, présentateur du livre le samedi dernier.

Carmen Toudonou, romancière et journaliste, auteur de Presqu’une vie, a lu l’œuvre : « J’ai lu après le lancement, donc j’ai entendu les diverses critiques autour. Je m’attendais à ne pas aimer mais j’ai pris une véritable claque… de bonheur. J’ai aimé ce personnage de jeune fille tout aussi crédible dans tout ce qu’elle raconte mais pas du tout crédible dans le style adopté par Daté. Mais ceci n’est pas une faiblesse. Certes l’auteur a voulu simplifier son langage et en quelque sorte écrire la parole. Mais comme on le dit chez nous, « l’on ne saurait comprendre le yoruba et l’oublier un jour » ».

Si cette réaction charrie un contentement non dissimulé, la lectrice la tient des ressources du livre. Ce roman saisit des personnes physiques réelles, notamment des auteurs d’œuvres littéraires du paysage national et les fait évoluer dans des strates d’histoires où la limite entre la fiction et le réel devient plus que floue. Pêle-mêle, on retrouve des personnages comme Couao-Zotti, Habib Dakpogan, Amour Gbovi, Thanguy Agoï, Pascal Okri Tossou, Samiratou Alidou, Roger Koudoadinou. Et dans une mise en abyme, Barnabe-Akayi lui-même comme personnage de ce roman.

« Ecriture révolutionnaire ! », lâche Habib Dakpogan. « On a l’impression de lire l’expérience romanesque d’un grand lecteur qui a digéré une immense culture. Il y a l’oratoire de Céline la violence en moins, le coulant de Proust, les phrases longues de Claude Simon. Ce livre est un grand leurre. L’humour bon marché dans le langage bon marché est un prétexte pour livrer une diatribe sociopolitique sans merci », renchérit-il.

Il est un fait comme le prédit Carmen Toudonou, « ce roman fera date dans la littérature béninoise ». Cette sorte de journal, chronique et empilage d’anecdotes tirées de rencontres de l’auteur avec ces personnes de son environnement, via des échanges de courriers/courriels, les réseaux sociaux, Facebook, avec un langage souvent de l’ordre des nouveaux usages à l’image de « lol (Laughing out loud) » ou « bjr (bonjour) », etc. donne à croire que le roman se régénère d’une modernité avec cet acte de Daté Atavito Barnabe-Akayi.

©www.benincultures.com

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