L’INVITÉ DE LA RÉDACTION : Djamile MAMA GAO et l’album « Na Yi Noukon »

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Togolais et malien par ascendance, Djamile MAMA GAO, l’enfant de Sori au Bénin, ancien pensionnaire du Prytanée Militaire de Bembèrèkè est l’Invité de la Rédaction. Journaliste culturel, écrivain et artiste slameur, il a à son actif des prix, des publications de livres et actuellement il est l’auteur d’un album de 12 titres qui fait l’objet de notre entretien. Lisez.

BENINCULTURES : Djamile Mama Gao, un Baatonu qui tire ses lointaines origines du Mali et qui choisit un titre d’album en Fongbé « Na Yi Noukon ». Est-ce le fruit du hasard ou la preuve de l’inter-culturalité et du métissage culturel qui caractérisent l’album ?

DJAMILE MAMA GAO : Au-delà de l’album lui-même qui effectivement se veut résolument métissé ; j’ai toujours été dans cette volonté de contribuer à faire nier les frontières, à déjouer les entraves des barrières bâties entre nous, souvent à cause de préjugés ou de la peur de l’autre. Alors, dans ma démarche artistique, je cherche constamment à déconstruire les clivages ethniques ou culturels ; surtout ceux qui me paraissent être un refus d’ouverture de soi chez soi. C’est donc avant tout, cela qui a inspiré le choix du titre de mon album. D’autant plus que je pense qu’il vaut mieux être dans l’action positive, c’est-à-dire, montrer la voie à suivre, prouver qu’il est possible de s’accepter malgré tout ; au lieu d’être de ceux qui se contentent d’être plaintifs, et qui déplorent constamment les choses.

Mais plus encore, c’est un choix qui m’a paru stratégique parce que mon intention était d’apostropher la majorité chez nous, d’interpeller le plus de gens d’ici, de susciter la curiosité chez les autres d’ailleurs, et bien sûr, de motiver le plus de personnes qui désirent se surpasser. Or nous savons que soixante pour cent de la population béninoise parle Fongbe. Alors, c’est aussi ma façon de donner l’exemple pour peu qu’il y a longtemps qu’on aurait dû instaurer cette langue comme langue de travail.

BENINCULTURES : Sur les 12 titres de l’album, 02 sont exclusivement portés par Djamile Mama Gao et 10 morceaux sont les fruits des collaborations. N’est-ce pas un risque pour un premier album ?

DJAMILE MAMA GAO : La prise de risque, c’est le fondement même de cet album. Prise de risque dans la démarche artistique. Prise de risque dans la quête d’équilibre entre mes multiples influences. Prise de risque dans mon orientation musicale. Prise de risque dans la volonté de sortir des codes habituels du Slam. Prise de risque dans l’investissement entrepris. C’est donc avec un bonheur naïf, une satisfaction grandissante, que je prends des risques pour ce premier album. Car je m’appuie dessus pour explorer le plus de diversité possible, pour ébaucher des facettes inattendues de moi, pour me redéfinir continuellement, pour envisager des dimensions neuves à travers lesquelles je peux parvenir à inscrire le slam comme un genre qui s’intègrera suffisamment aux musiques actuelles africaines. Donc, c’est sans doute un risque d’avoir autant de feat, mais cela rentre bien dans mon désir d’avoir des couleurs différentes. Donc je l’assume car je voulais que mon album, soit comme un banquet où viennent se rencontrer, se connaître, se découvrir, et interagir plusieurs sensibilités. Un peu à l’africaine, autour d’un bon feu sonore.

BENINCULTURES : « Djamile a fait de la musique de recherche. J’ai écouté plusieurs titres et j’ai été flatté par l’approche », confie Eric GBÈHA ; Ingénieur, arrangeur, expert dans le secteur de la musique au Bénin et en Afrique. Cette approche qui mélange slam, musique du monde, tendances urbaines et couleurs locales africaines ; intéresse ou gagne déjà du terrain ?

DJAMILE MAMA GAO : Je l’appelle « Afroslam ». Cette mixture très musicale de toutes mes influences, de toutes mes écoutes. Et je pense que oui, ça intéresse. Parce cela consiste à adapter le slam à une culture davantage plus populaire, davantage plus en phase avec ce que les nôtres (de tous types) écoutent ou sont. Je pense que ça intéresse, parce que cela participe à simplifier l’obsession à la poétique absolue, et à la mélancolie rythmique quand il s’agit de faire entendre du slam. Je pense donc vraiment que ça intéresse, et que c’est intéressant que ça intéresse. Ca va décoincer un peu le regard des mélomanes sur nous. Ca va aussi nous pousser nous-mêmes slameurs, à réinventer l’intention de réappropriation du slam qu’on nous a légué. A présent, pour ce qui est de gagner du terrain, je pense que tout va être dans la communication, dans la mise en avant et dans le positionnement de mon travail. Il faudra attendre un an voire deux, avant de pouvoir vérifier ça. Surtout qu’il faudrait prendre en compte les paramètres budgétaires. Etant en autoproduction, il faut savoir que chaque chose ira à un rythme défini par les possibilités obtenues. Comme ça a été le cas pour l’album qui m’a pris trois ans, au nom de tout ce que cela implique financièrement, et musicalement. Quoi qu’il en soit, je désire que cela gagne du terrain. Afin de sortir le slam de sa niche première. Afin de m’octroyer une éclosion assez dynamique, assez pop, pour permettre de faire tourner mon Afoslam, de le positionner en même temps que je me positionne, pour grappiller des opportunités enrichissantes à tous points de vue. En tout cas, je peux garantir, que je travaillerai à ce que mon Afroslam s’expose, s’exporte, et explose.

BENINCULTURES : On annonce déjà une distribution chez Sony et les perspectives de 150.000 ventes en Europe. Des prévisions en Afrique aussi ?

DJAMILE MAMA GAO : Oui ! A peu près dix mille (10 000) ventes en Afrique, c’est mon phantasme personnel. Soit 1000 environs au Bénin déjà et dans plusieurs autres pays. Un challenge en fait tous ces chiffres.

BENINCULTURES : Des perspectives déjà pour « Na Yi Noukon » ? Concerts, collaborations, festivals ?

DJAMILE MAMA GAO : Tout à fait ! C’est tout ça que j’envisage à la fois en fait. Etape après étape certes. Je me considère en tant qu’artiste telle une start-up, qui ; après avoir vérifié que mes idées répondaient bien à un marché, après avoir trouvé ma “ key feature ” (avantage concurrentiel qui sert de comparaison et d’analyse stratégique par rapport aux autres entreprises, ndlr), après avoir défini ma proposition de valeur, après avoir testé des échantillons, et mis en place des supports de communication ; possède un produit prêt à accéder à un marché solvable. Donc je tiens à avoir la liberté de pouvoir rêver, inventer et faire grandir mon projet en maximisant le plus possible mes canaux de présence, et d’impact. Donc oui, j’envisage tout ça et plus encore : mise en avant de l’album, single après single ; tournée médiatique dans la sous-région et ailleurs, afin d’ouvrir l’album à l’Afrique, et au monde ; positionnement digital ; concerts personnels ; premières parties d’autres références ; merchandising (produits dérivés, ndlr), etc. L’objectif, c’est de donner une vie constante et endurante à l’album, sur les deux prochaines années à venir. Et j’y parviendrai. J’y travaille déjà !

Interview réalisée par Paterne TCHAOU pour Bénincultures.

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