L’invité de la rédaction de Bénincultures : Félix Agossa et le Projet Okuta

Author: Pas de commentaire Share:

L’invité de la rédaction de Bénincultures ce vendredi a pour nom Félix Agossa, artiste plasticien indépendant. Promoteur du site Okuta à Dassa-Zoumè. Espace culturel, musée à ciel ouvert mais aussi grande destination touristique. Lisez notre entretien…

Présentez-vous à nos lecteurs

Je suis Félix Agossa, artiste plasticien. J’ai fait une brève carrière internationale jusqu’en 2004. Ensuite je suis rentré au pays puisque la famille s’inquiétait pour la succession, j’ai dû rentrer puisque je devrais assumer cette responsabilité. Je suis de Dassa-Zoumè mais je n’ai pas grandi à Dassa-Zoumè. J’ai plutôt grandi à Parakou. Je ne connaissais pas particulièrement Dassa-Zoumè et je passais sur la route inter-États comme tout citoyen lambda. J’ai eu la chance de découvrir la ville à cause d’un travail de décoration du sanctuaire marial que le clergé m’a confié. C’est le clergé catholique qui m’a permis de découvrir la ville. Mais quand j’ai eu cette occasion de parcourir la ville, de voir les collines, leur splendeur, j’ai eu un coup de cœur. Je me suis dit que les Collines autour de nous représentent de l’or mais presque personne ne fait attention à cela. Et comme dans toutes les mines d’or, il suffit d’une pioche et de la volonté, et le travail se fait. Et c’est ce que j’ai commencé timidement depuis 2008 où je me suis installé. Au début, les gens me prenaient pour un fou. On racontait qu’il y avait un fou au pied des Collines à côté de l’arrondissement de Dassa-Zoumè II. Progressivement, ils ont compris que ce n’était pas une folie pour une folie mais plutôt une folie artistique. J’ai d’abord commencé par aménager le terrain que la mairie a mis à ma disposition. Ensuite j’ai campé un atelier et je me suis mis au travail. C’est ainsi que l’idée de créer une résidence d’artistes a germé. Le résultat donne un centre culturel, et une résidence d’artistes qui va fonctionner au fil des résidences comme un véritable musée à ciel ouvert. L’ensemble du site s’appelle OKUTA. Dans l’aire socio-culturelle nago, cela signifie pierre. Je ne suis pas allé chercher loin.

Parlez-nous de la configuration du site

Le premier espace que j’ai déjà aménagé et qui est développé est intitulé « Au pied des collines ». Et l’autre espace est sur les collines. Avant de démarrer l’aménagement de cet espace, nous avons eu l’autorisation des autorités communales et celles du Ministère des Mines qui s’occupent de tout ce qui relève des ressources minières. Au pied des collines, il y a le centre culturel avec des espaces qui vont accueillir des programmations comme dans n’importe quel centre culturel classique, des ateliers de sculpture, d’arts visuels en général et d’arts de la scène aussi. Puis il y a un second espace dans les Collines en haut. Là ce sont les résidences d’artistes. J’ai commencé par des sculpteurs de pierre car c’est la matière qui est disponible sur le site. Il y a même déjà des œuvres d’artistes que vous verrez en haut. D’autres artistes viennent tourner déjà des clips vidéos ici aussi. Ensuite d’autres infrastructures vont venir. Une médiathèque, un bar, un restaurant, une bibliothèque. L’ensemble forme le projet OKUTA.

Vous avez déjà accueilli des résidences d’artistes ?

Oui, j’ai accueilli des résidences de création de tailleurs de pierres. Il y a une autrichienne qui est passé ici, Isabelle Juan. La plupart des œuvres que vous voyez sont issues des résidences. Il y a surtout des artistes français et béninois qui sont déjà restés en résidence sur le site. Le travail de la pierre nécessite des grands moyens. La pierre que nous avons à Dassa-Zoumè c’est le granite et c’est une pierre très dure. Pour entailler cette pierre, il faut des matériels qui coûtent chers dont de grosses machines pour débiter les pierres. Comme je n’ai pas de gros moyens, je propose aux artistes de travailler à remodeler, à façonner les pierres déjà formées par la nature pour en faire des œuvres. Dès que nous aurons des moyens d’acquérir les outils, le travail irait mieux. Mais actuellement, c’est déjà l’esprit dans lequel nous travaillons.

Est-ce que les autorités culturelles savent que vous effectuez ce travail dans les collines ici ?

Selon moi, les autorités culturelles sont comme des fonctionnaires qui vont dans les villes pour lancer des festivals et autres. Ils ne descendent pas forcément sur le terrain pour voir ce qui est fait, ce que les gens entreprennent et qui a une forte valeur culturelle, une certaine logique durable dans le temps. A plusieurs reprises je suis allé vers ces responsables pour les inviter à voir ce que je fais dans les collines et ce qui se concrétise mais en vain. Toutefois, avec le nouveau gouvernement, il y a quelques mois, j’ai reçu la visite de Monsieur José Pliya qui a fait une visite inopinée en venant sur les lieux. Incognito, il a visité les lieux. Je ne savais pas qui il était. Il a posé des questions sur comment je m’en sortais. C’est par la suite que j’ai su qu’il était un représentant du gouvernement. Mais depuis rien !

Avez-vous un appel à lancer ?

La culture c’est ce qui soutient le développement d’un pays. Nos dirigeants le savent. Je souhaite que tout évolue vers une prise de conscience et plus d’actions de la part de nos dirigeants pour une culture développée. Je dis aux dirigeants d’encourager et d’aider ceux qui essayent des choses pour que la culture occupe réellement la place qui lui est réservée. Que les ressources soient distribuées aux acteurs qui travaillent réellement.

Propos recueillis par Paterne TCHAOU et transcris par Chanceline MEVOWANOU

Laisser un commentaire

Commentaire(s)

Previous Article

L’INVITÉ DE LA RÉDACTION : Djamile MAMA GAO et l’album « Na Yi Noukon »

Next Article

Réflexions : Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez nous ?

Vous pourriez aussi aimer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *