Koffi Attede, l’homme qui devra apprendre à nouer le nœud de cravate

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Et bien, on n’ira pas par quatre chemins. C’est fait, bien fait et bien mérité. Vous avez des doutes sur les qualités de l’homme ?  Alors vous vivez sûrement dans une grotte et vous devez  rapidement googliser pour savoir de qui il s’agit. En matière d’art et de culture, le parcours de l’homme parle plus que ses mots et celui qui a murmuré aux  oreilles du  décideur ne s’est pas trompé sur le choix de la personne de Koffi Attede en qualité du nouveau directeur des arts et du livre au Bénin. Point à la ligne.

De la nouvelle ligne, parlons – en. Il s’agit bien sûr des arts et du livre au Bénin. Un chantier  pharaonique qui ne finit jamais de livrer ses traits. Voilà deux domaines bien précis où on a cette impression que ça n’intéresse que dalle. Du moins, c’est la sempiternelle critique qui est lancée en direction des autorités en charge  de ce département.  En matière d’art, on pense que le  budget alloué n’est jamais suffisant. La simple dénomination fait penser à un secteur où gisent les prurits rêveurs,  livrés à eux- même dans un  monde où le titre d’artiste fait penser à cette pègre sans boussole qui n’est jamais épanouie,  celle-là même qui  geint tout le temps.

C’est dire donc que ce qui attend koffi Attede à ce poste ne sera pas un jeu d’enfant. Celui qui  connait le spécimen que nous appelons affectueusement Kofoula est un homme de défi et il pourra s’en sortir avec de belles retombées pour les arts et la culture du livre au Bénin. Mais remettez la caméra à un comédien et souvent il perd son art, tâtonnant dans les commandes et il réalise soudain que réalisateur n’est pas synonyme de comédien. Koffi Attede est avant tout un artiste, un vrai,  un metteur en scène qui a su s’imposer à travers ses œuvres.  Désormais, la scène change  de décor et l’artiste  se retrouve derrière le rideau pour actionner les lumières, tamiser l’ambiance, annoncer les entrées et les sorties et évoluera au milieu de ce monstre qui,  ma foi, n’a toujours pas été utile pour ce pays : L’ADMINISTRATION.

Voici l’artiste, désormais dépourvu  de ses apparats pour un costume taillé sur mesure avec cravate pour prendre siège dans un bureau en vue d’administrer.

La voici donc, l’administration,  le monstre à mille têtes  qui est  capable du pire comme du bien ; souvent  du pis. Koffi attede, l’artiste capable d’improviser devra désormais combiner avec les protocoles,  la procédure,  la paperasse – heureusement qu’il aime le livre – et gérer souvent une lourdeur qui a rendu l’administration béninoise tristement célèbre.  Voici l’artiste, désormais dépourvu  de ses apparats pour un costume taillé sur mesure avec cravate pour prendre siège dans un bureau en vue d’administrer.  Voici l’artiste, désormais dans la peau de l’ex autorité  qui abandonna les affaires à travers une démission. Car quand ça  tourne mal, on cherche les boucs émissaires.

Désormais, la circonférence de son ventre sera observée de près à la loupe par tous ceux qui cherchent la bête  noire. On n’oubliera pas de lui rappeler régulièrement qu’il ne fait rien  pour les arts et culture, si ce n’est que pour lui-même. On l’accusera fréquemment de ne pas en faire assez pour le rayonnement de son secteur.  De l’autre coté, dans les arènes de l’administration, il fera face à une réalité exempte de toute improvisation ou mise en scène. Tout sera sens dessus sens dessous, justement parce que cette administration comporte en son sein, les freins de son réel épanouissement. Il ne  sera pas toujours suivi, car d’autres priorités sont là.

On allume les projecteurs, on teste  le micro, les mots sont prêts. Monsieur le Directeur,  action !

Mais il faut un  homme pour faire le job et le choix est sans équivoque. Koffi Attede en homme averti devra  donc adapter son costume. Entre le réflexe d’improvisation rapide de l’artiste et la  longue attente d’une  démarche  administrative, l’animal culturel doit savoir quelle cravate porter  suivant un nœud précis, marcher sur  les  œufs en prenant le soin de  les écraser s’il le faut tout en ayant en tête que le principe voudrait qu’on les épargne.  Le choix sera toujours en fonction des objectifs et selon  qu’il s’agit du nœud d’Ascot, cravate Windsor, Sheldy, croisé ou nœud de papillon,   Koffi Attede est appelé à démontrer une fois  encore que la nouvelle scène n’est que celle de tous les jours et que dans le ventre du monstre à mille têtes,  il peut séjourner et briller  de mille feux sans en sortir brulé , et  dans le prolongement  de ce qu’il sait faire  le plus : créer de l’art.

On allume les projecteurs, on teste  le micro, les mots sont prêts. Monsieur le Directeur,  action !

 

Par Jacques HOUEGBE, Juriste, Auteur

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