Ishola akpo, corps à corps avec la lumière

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ishola-akpo-expoLe 25 septembre 2013 au deuxième étage de la Cité Internationale des Arts à Paris, de petites affiches annonçaient la tenue d’une journée « portes ouvertes » de l’atelier du photographe Ishola Akpo. « Open studio » était l’inscription exacte qui menait à l’atelier Renoir que l’artiste a occupé le temps d’une résidence. Le visuel, un autoportrait flou et fort contrasté, présentant l’artiste torse nu dans la pénombre, donnait envie d’en savoir plus.

Invité dans le cadre du programme de l’Institut Français « Visa pour la création », le photographe et vidéaste béninois, Ishola Akpo est un autodidacte. Il a fait du médium photographique son moyen d’expression premier. Dans les faits, c’est dans une agence de communication à Cotonou, que naît son intérêt pour cette technique. Les images qu’il devait alors retravailler, en sa qualité de graphiste, lui semblent très vite de facture peu professionnelle, peu exploitables. Considérant qu’il pouvait obtenir de meilleures photos que celles qu’on lui soumettait, il commence à les réaliser lui-même.

La passion le gagne au point qu’il quitte l’agence qui l’employait alors pour se consacrer entièrement à la prise de vues. Cependant l’informatique gardera une part importante dans son approche de la photographie. C’est ce qui le pousse à se présenter comme un photographe plasticien. En effet, il ne se contente pas des images issus des seules prises de vue, s’autorisant à les retravailler par le biais de logiciels informatiques pour obtenir ce qu’il recherche, souligner le détail qui, sans son intervention, passerait peut-être inaperçu, ou encore amenant l’image à refléter le sentiment, l’expression qu’il veut voir s’en dégager.

La première série qu’il réalise s’intitule « Les redresseurs de Calavi » ; un reportage sur les jeunes de ce quartier de Cotonou portraiturés dans leur salle d’entraînement. On y voit des hommes affairés à sculpter leur corps. L’équipement est rudimentaire mais l’entraînement sérieux et concluant, il n’est qu’à voir la carrure de ceux qui fréquentent régulièrement cette salle de musculation. Le corps devient dès lors sujet de prédilection dans le travail du photographe.

Les raisons qui le pousse à se focaliser sur le corps s’explique selon lui par le fait que ce dernier renferme une part importante de l’équilibre et du bien être de l’individu. On sent bien que la réflexion est encore balbutiante. L’artiste est jeune et en pleine recherche. Sa résidence dans le cadre du programme « Visa pour la création » apparaît par conséquent pour lui comme un bon moyen d’élargir le spectre de ses interrogations et d’approfondir sa démarche. Qui a suivi les différentes étapes du projet, a pu clairement voir comment l’artiste à progressivement su relever le défi que constituait, de prime abord, ce sujet qu’il avait décidé de mettre en forme.

« Pas de flash s’il vous plait !» est le titre donné à la nouvelle série initiée dans le cadre de cette résidence. Au départ, du projet se trouve donc cette injonction qui interdit l’usage du flash dans les musées, le plus souvent, puisque cet éclairage artificiel est considéré comme nuisible à la bonne conservation des œuvres. Mais ici l’artiste l’appréhende comme « une réflexion sur le processus photographique et l’ambivalence de la lumière à la fois salvatrice ou destructrice ».

Open studio

Concrètement, lors des portes ouvertes de l’atelier, on pouvait voir quelques photographies issues de la série. Une dizaine d’autoportraits, le plus souvent surexposés, étaient ainsi épinglés sur le mur de gauche en entrant dans la pièce. Sur le mur de droite de grosses lettres reprenaient le titre du projet : « Pas de flash s’il vous plaît ! ».

À cette expression étaient associés diverses images, le pus souvent, extraites de magazines photos ou de la presse en générale. Cet assemblage hétéroclite renvoyait quelque peu à l’idée d’un processus de réflexion en cours. Enfin, un vidéoprojecteur diffusait en boucle un diaporama reprenant d’autres images de la série de même qu’un plan en 3D de la scénographie imaginée par Franck Houndégla. Il est en effet prévu que ce travail soit montré dans sa forme finale en janvier 2014 à l’Institut Français de Cotonou. Dix photographies seront présentées dans des caissons lumineux « projetées sur un tissu fragile ».

Mais arrêtons nous un instant sur les images. La série « Pas de flash s’il vous plaît » se présente comme une suite d’autoportraits dans lesquels on voit le photographe affronter la lumière. Cette dernière sature l’image, mange le visage du sujet surexposé. Lequel, le plus souvent torse nu, vêtu d’un long manteau rouge noué à la taille, porte un appareil photo en bandoulière et un casque de mineur sur la tête. Debout ou agenouillé face à l’objectif, son corps se tord, se dissout, semble supplier lorsqu’il tend les mains en avant dans une attitude qui n’est pas sans rappeler certaine représentation du Christ de douleur.

On songe notamment à certaines images du photographe nigérian Rotimi Fany-Koyade par la présence du nu et la dominance des rouges. Mais on s’éloigne de cette référence possible lorsqu’il ne reste plus qu’une silhouette colorée sur la pellicule ou juste quelques traces indéfinies. Bien que collé au propos, pris isolément chacune des images se suffit à elle-même. Ensemble, elles apparaissent pourtant clairement narrative.

Ishola Akpo par ce thème pour le moins introspectif semble, à l’inverse de son premier reportage « Les Redresseurs de Calavi », s’être engagé sur une nouvelle voie. Ici il revisite la question de l’autoportrait tout en lui donnant une dimension toute personnelle. Corps noir face à la lumière, menant un combat étrange parce que perdu d’avance contre celle-ci. Photographier signifie écrire avec la lumière, c’est peut-être la conclusion à laquelle le photographe parvient à la fin de ce corps à corps avec la lumière.

Par Dagara Dakin (Critique d’art). Pour Bénincultures.

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