Interview : Méchac Adjaho parle du Benin Music Institute

Author: Pas de commentaire Share:

Au Bénin, alors que l’enseignement de la musique est peu plébiscité (ce n’est que très récemment par exemple, que l’Université d’Abomey-Calavi a ouvert une filière consacrée au genre), une école privée de musique a devancé toutes les initiatives en la matière. Elle a d’abord été expérimentale, avant de trouver ensuite les mécanismes optimaux pour s’installer, imprimer sa marque, témoigner de sa légitimité, et convaincre de plus en plus d’adhérents.
Ingénieuse initiative du musicien, didacticien et poète Méchac Adjaho, le BENIN MUSIC INSTITUTE (BMI) est devenu, au fil des années, le sésame permettant à la fois aux enfants, adolescents, adultes, néophytes, aspirants et même professionnels de la musique, de se former, de s’aguerrir, de se recycler, et de se professionnaliser.
Découvrons donc cette école, à travers l’échange avec son initiateur, qui en profite pour nous expliquer ses motivations et ambitions pour ce qui pourrait être appelée : le temple de l’avenir de la musique béninoise.

www.benincultures.com : Pourquoi un Benin Music Institute (BMI) ?

Méchac Adjaho : Le Benin Music Institute a vu le jour pour répondre à un besoin d’épanouissement et d’accomplissement. En effet, par la pratique de la musique l’homme se découvre et s’élève. Tout homme et tout l’homme s’épanouit au travers de la musique. C’est la certitude ontologique qui sous-tend la création de cet Institut.

A quoi ça sert dans un pays où le talent artistique est presque réprimé ?

Si le talent artistique est réprimé au Bénin, c’est parce que le secteur présente des lacunes majeures. Primo, les œuvres musicales diffusées par nos médias ne sont pas toujours de très bonne qualité. Le citoyen lambda n’est donc pas convaincu qu’il s’agit d’un métier sérieux et à part entière puisqu’il réalise qu’il est lui-même un meilleur chanteur que le bonhomme visible à l’écran.

Secundo, la misère dans laquelle semblent vivre, certains artistes, projette l’image négative d’une profession sans aucune sécurité sociale. En somme, l’artiste passe pour un plaisantin affamé et exposé aux maladies.
Le Bénin Music Institute veut donc offrir un creuset intéressant où les artistes apprennent le métier dans sa triple dimension performance- image-rentabilité.

Selon vous, une école de musique devrait être le creuset de rééducation de nos enfants ?

Absolument. Il est facile de constater que le système éducatif formel ne développe pas toutes les capacités de nos enfants. La créativité, la mémoire, la concentration, le démembrement du corps, l’ancrage dans la tradition et l’ouverture au monde sont autant de fibres que l’enseignement des arts sait activer et fouetter. Tout un programme de réorientation des fonctions cognitives des enfants.

Par insoumission ou par révolte ce choix de création ?

(Sourire) Ni l’un, ni l’autre. Le Benin Music Institute a été créé par conviction. Une profonde conviction qui prend racine dans le terreau des grandes civilisations. L’accès à la formation artistique et le développement de la culture ont été pour beaucoup dans l’essor des grandes nations en Afrique et dans le monde. Un peuple oisif, primaire, bas, incapable de s’élever, crispé et aigri par-dessus le marché, ne peut s’épanouir économiquement. Après une décennie de discours violents à ce sujet, il apparaissait urgent et responsable d’apporter une contribution personnelle à l’obtention de l’équilibre susmentionné.

Qu’est-ce qu’on apprend  au Benin Music Institute ?

Le BMI propose une large variété de formations à la carte : technique vocale, piano, guitare, batterie, violon, saxophone, flûte, trompette, solfège, harmonie et la liste peut encore se prolonger. De plus, notre équipe d’encadrement se réjouit de pouvoir proposer un encadrement pointu dans des styles musicaux variés : classique, jazz, pop, gospel, RnB, roots, world, variétés.

Qui y est qui ? (Les professeurs, l’équipe initiatrice, etc.)

Le staff de BMI est jeune mais expérimenté. Il se compose d’un Directeur Général, d’un Directeur associé, d’une assistante administrative, d’un comptable et de dix professeurs de musique. Les défis à venir permettront sans doute de renforcer cette belle équipe.

Pourquoi devrait-on y aller ?

Parce que c’est la seule école de musique installée à Cotonou & Calavi, où vous avez, à peu de frais, la meilleure formation qui, en plus est organisée selon votre disponibilité. Vous devriez y faire un tour.

Une anecdote marquante, propre au BMI ?

Je pense à un étudiant, musicien professionnel depuis une quinzaine d’années à Cotonou et qui, dans son plan de carrière a décidé de faire un recyclage précieux en harmonie et technique d’improvisation. Il entreprend alors de sacrifier sa petite famille et de se rendre en Europe pour concrétiser son rêve. De justesse, à quelques jours de son départ, il rencontre fortuitement un collègue qui lui fait savoir que son projet était possible avec le Bénin Music Institute dont il ignorait l’existence. Une fois inscrit au BMI, il voit ses attentes comblées et sa famille retrouve un équilibre harmonieux.
Comme quoi, notre engagement va au-delà des performances artistiques et se veut une réponse sociale à la fuite des cerveaux.

Et dans 10 ans, comment imaginez-vous l’institut ?

Dans 10 ans, le BMI se serait déployé en 77 antennes communales sur toute l’étendue du territoire. En effet, nous croyons fermement que la jeunesse béninoise dans son ensemble mérite les mêmes opportunités. Pas de développement intégral sans égalité de chance. Après, une chose est d’avoir la vision, une autre est d’en réunir les moyens. La lutte continue !

Qu’envisagez-vous pour le BMI en dehors de notre pays ?

J’envisage une passerelle avec les plus grandes universités du monde pour délivrer des diplômes doubles à nos étudiants. Je souhaite également renforcer le tissu relationnel du BMI en marketing culturel afin de proposer d’excellents débouchés aux pensionnaires en fin de formation.

Propos recueillis par Djamile Mama Gao pour Bénincultures  ©www.benincultures.com

Laisser un commentaire

Commentaire(s)

Previous Article

Dix Manches En Slam 04 : la soirée des Cartons verts !

Next Article

Chronique Urbaine #6 : EÏSSY, une (bonne ?) relève de la chanson féminine béninoise

Vous pourriez aussi aimer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *