Interview : Lionel Babalolla « optimiste » sur l’avenir du cirque au Bénin

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Il fait un métier artistique dont l’itinérance permet à ses pratiquants une capacité d’expansion considérable. C’est une discipline de charme, de subterfuges, d’équilibre et de jongleries. Mais aussi, un art du corps et de l’objet. Le cirque, puisque c’est de cela qu’il s’agit, exige maîtrise et maintien. Ce que notre invité a appris grâce à Jackie Chan et sa maîtrise des arts martiaux dans les films. Et c’est à Dèkoungbé que le déclic lui vint, lors d’un match entre copains. Depuis ses 9 ans, il a entretenu son goût de l’acrobatie, l’a perfectionné, l’a formalisé au gré des rencontres, et aujourd’hui, est devenu un professionnel du genre. Découverte d’un acrobate béninois, Lionel BABALOLLA.

 

www.benincultures.com : Quel est votre premier souvenir lié au cirque ?

Lionel Babalolla : Mon vrai premier souvenir lié au cirque remonte à mes treize ans quand pour la première fois, j’ai rencontré « Les Super Acrobates de Cotonou » à l’Etoile rouge. Moi j’étais très jeune mais j’avais déjà une passion folle pour l’acrobatie à cause des films de JACKIE CHAN et de JET LEE. Donc rencontrer des jeunes béninois qui avaient la même passion que moi, a été vraiment déterminant pour ma carrière de circassien.

Au-delà même des planches, vous écrivez des mises en scènes pour créer l’ossature de vos spectacles, afin de faire vivre des moments irréversibles. Dans quelles sources d’inspiration puisez-vous pour construire la charpente de vos spectacles ?

Comme pour ma création récente (Le trône sacré, ndlr), mes mises en scène pour la plupart, sont inspirées de l’histoire du Danxome, de la culture africaine et des techniques spécifiques au cirque que je revisite avec nos référents d’ici.

Il existe plusieurs disciplines circassiennes. Lesquelles pratiquez-vous personnellement ?

Depuis 17 ans maintenant que je pratique, j’ai touché à plusieurs disciplines. J’ai pendant longtemps été équilibriste principal, avant que la génération nouvelle ne vienne. Cela dit, j’ai toujours été voltigeur et jusqu’à présent je le demeure. Je touche également un peu à la jonglerie, et actuellement, ma spécialité, ce sont les bolas (instruments utilisés en jonglerie, ndlr). Mais en plus, j’approfondis et apprends à mieux appréhender le rôle de monsieur LOYAL (Dans le monde du cirque, Monsieur Loyal est le maître de la piste, le chef d’orchestre des numéros, particulièrement des entrées de clowns, ndlr).

Le cirque exige de posséder agilité, adresse, souplesse, mais aussi du matériel. Alors, dites-nous, quels sont les matériels requis pour un travail optimal pour vous autres acrobates ?

Les matériels qu’il faut pour des circassiens comme nous, ce sont notamment des massues, des balles, des bolas, des cerceaux, des diabolos, des monocycles et surtout un praticable au sol, ce qui manque cruellement chez nous.

Vous êtes initiateur d’un festival de cirque, nommé ATCHA. Et comme il m’a été donné de le voir, il s’agit d’un festival qui attire du monde ! Alors dites-nous, pourquoi un tel festival ?

Dans l’Afrique de l’ouest, à part le Burkina-Faso, plus aucun pays n’accueille de festival de cirque, alors qu’il y a tellement de bons circassiens qui n’attendent rien d’autre que d’avoir de vraies plateformes d’échanges ou de partages, pour exprimer et dévoiler leurs talents.

Ici au Bénin par exemple, les gens s’étonnent de nous voir pratiquer du cirque, et cela à chaque fois que nous faisons des sorties. Alors que nous sommes actifs dans le pays, depuis près de 20 ans. Cela prouve déjà qu’en termes de visibilité, nous avons besoin de créer des opportunités de rencontre avec le public, et qu’en dehors de cela, que nous devons travailler à améliorer le travail de communication autour du potentiel qui existe chez nous.

C’est pour cela que le festival existe. Pour créer des occasions de partage avec la population et de performances des circassiens entre eux, mais aussi pour faire voir le métier à une échelle plus nationale.

Je reste donc convaincu qu’avoir initié ce festival va contribuer à rendre davantage plus rentable notre métier dans les prochaines années, mais cela va permettre également de communiquer sur nous, d’informer de notre existence, d’initier le peuple béninois à une nouvelle forme d’expressions artistiques et d’envisager ensuite à communier avec d’autres talents d’autres pays du continent à la longue. Ce n’est qu’une question de temps et de moyens. Je reste optimiste.

Sur quels aspects pensez-vous que son organisation pérenne jusque-là, a-t-il eu un impact dans votre secteur ?

L’impact est à priori interne. A travers le festival ATCHA (dénomination du festival, ndlr), beaucoup de jeunes intéressés par le métier, ont compris par exemple, que le cirque ce n’est pas uniquement l’acrobatie. Ils ont donc découvert les diverses subdivisions du milieu. Au fil des années, ils ont appris à s’investir dans de nouvelles orientations. De la clownerie, à la jonglerie, en passant par les pyramides, jusqu’à la magie, etc. C’est dire qu’un tel festival a permis de déconstruire les stéréotypes, d’ouvrir un peu le champ de prospection du cirque pour la relève, et a instauré un rythme de travail, car ils savent qu’il faut être prêt pour passer sur le festival. C’est donc ça le premier impact dont je suis satisfait. Le reste se situe au niveau des talents dénichés, et de la fidélité d’attention qu’il existe un peu plus avec une partie des populations où nous sommes habitués à prester. J’espère que les autres impacts viendront appuyer tout ça.

Vous êtes membre actif du collectif « LES SUPERS ACROBATES DE COTONOU ».  Et récemment, vous avez participé à l’émission panafricaine « L’AFRIQUE A UN INCROYABLE TALENT ». Qu’est-ce que cela représente pour vous ? Qu’en avez-vous appris ?

Effectivement ! Nous sommes revenus d’Abidjan avec le ticket de la cinquième place sur les 450 participants. Nous sommes un peu déçus, car nous soupçonnons une mauvaise délibération ; mais notre joie est intacte et grande. Parce que cette émission a été un canal de confirmation de notre talent de circassiens à travers l’Afrique entière.

Aujourd’hui, nous sommes mieux exposés, et beaucoup de gens nous connaissent davantage grâce à cette émission. Et au-delà de ça, c’est une fierté pour nous de représenter notre pays et de prouver à travers nos prestations que le talent est là, qu’il faut les bonnes volontés, politiques notamment, pour rendre le Bénin encore plus gagnant sur l’échiquier du cirque à l’international.

Aussi, il faut dire que, sur place, nous avons rencontré beaucoup de talents et plus spécifiquement beaucoup de circassiens. Cela nous a permis d’évaluer notre compétence et d’élargir notre carnet d’adresses.

Donc au final, pour nous, c’était totalement positif. Et je pense que, « L’AFRIQUE A UN INCROYABLE TALENT », c’est une belle émission qui mérite d’être pérenne, car, elle est très bénéfique pour les talents africains qui n’ont pas suffisamment encore de visibilité.

Propos recueillis par Djamile Mama Gao (Collaboration) pour wwww.benincultures.com 

 

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