Interview : François Ablefonlin ou la symbolique du « Dan »

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Initialement François Abléfonlin a fait des études de Droits, spécialité « Droits des Affaires et Carrières Judiciaires ». Mais l’art étant subversif, c’est l’Ensemble Artistique et Culturel des Étudiants (EACE) qui lui permettra autour des années 2000, de trouver sa personnalité et sa démarche créatrice. Et 17 ans après, elle se traduit par la synergie de la cosmogonie, par la restitution des mythes et le sacre du sacré. Trois choses primordiales semblent définir son univers à savoir : l’ancrage à la culture ou aux divinités Vaudou, un référencement aux éléments du cosmos : Terre, Eau, Air, Feu, et le fantasme des difformités. Afin de mieux appréhender l’univers du plasticien, il nous a accordé cet entretien, au cœur de sa ville natale : Porto-Novo.

 

www.benincultures.com : Octobre 2016. Le Centre Culturel Ouadada de Porto-Novo vous consacre une exposition restitutoire de votre cheminement actuel.  Quel a été votre état d’esprit et quelle signification a pour vous, de voir vos œuvres accrochées ou devrais-je dire, mises en scène ?

François ABLEFONLIN : Mon état d’esprit a été des plus reluisants, fort de ce que cette exposition individuelle intervient onze ans après la dernière en date et qui avait pour  thème : Symbolisme et perspectives ou le prix de la foi, parrainée à l’époque par l’École du Patrimoine Africain (EPA).

Ainsi donc, voir mes œuvres mises en scène symbolise l’aboutissement de 11 années de recherches artistiques. Par conséquent, une franche restitution picturale partagée avec le public. Par-delà tout, la concrétisation d’un rêve : le passage de l’imaginaire vers le réel.

Il existe des thèmes majeurs dans votre peinture comme la divination, la mythologie, les mystères de l’être humain, et le rapport perpétuel à la nature… Pourriez-vous nous en dire plus ?

L’être était, est et demeurera corps, esprit et âme. Partout. Et partant du principe que tout est lié, l’équilibre de humanité  dépend donc de celui des humains et les multiples thèmes développés dans mon travail constituent des essais de réponses à une question fondamentale que tout être devrait se poser à un  moment donné de sa vie : qui suis-je ? Mais plus encore : d’où est-ce que je viens ?  Où vais-je ?

Si la divination, la mythologie, les mystères de l’être, le rapport perpétuel avec la nature, constituent des thèmes majeurs dans ma peinture, il faut savoir que le thème central, celui qui m’importe surtout, c’est celui de la spiritualité. D’ailleurs, n’oublions pas que les peintres les plus géniaux sont souvent comparés aux thaumaturges.

A quelle intention répond votre amour pour les couleurs vives ?

Les couleurs vives et subtiles font partie de mon être. Je ne présente donc que ce que je suis. Et cela témoigne de la présence d’une certaine dose de subjectivité dans mon travail. Au-delà du symbolisme des couleurs, celles vives et prédominantes dans mes peintures sont reliées à la puissance des éléments. Mais parfois, cela semble refléter un bouillonnement intérieur que je tente quand même de bien maîtriser afin qu’à un certain moment, le chaud et le froid se côtoient à des allures diverses tout en maintenant l’équilibre visuel.

Le protecteur, 24cm-32cm, Arcrylique sur papier (2010)

On pourrait dire de vous que vous êtes un peintre de la matière. Mais au-delà, vous utilisez souvent les mots comme éléments focaux de plusieurs de vos compositions. Est-ce par volonté de s’ouvrir à d’autres modes d’expression ?

La peinture est un tout  et en tant que tel, tout peut partir d’elle comme tout peut revenir à elle. En insérant donc des mots, j’ai envie de faire dialoguer les univers. Ce qui désigne effectivement ma volonté à m’ouvrir à d’autres modes, voire d’autres mondes. Et ça se voit, ça se ressent et se vit chez moi. Ainsi je voudrais simplement donner à faire une lecture différente de certains de mes travaux, par d’autres modes d’expression.

Comment travaillez-vous généralement alors ?

Je travaille avec les pigments de bases (teinte), l’acrylique, les toiles, les objets récupérés, les objets en présence dans les rituels vaudou. J’en fais un mélange en vue d’une résultante : un composite. Mais au préalable, je me rassure que l’inspiration est là, je la sens, je la vis telle l’énergie cosmique qui monte souvent en moi grâce à l’élément Feu.

Qu’incarne pour vous, la symbolique du serpent (le « Dan »), dans votre approche artistique ?

Dans toutes les civilisations, elle est présente. Dans mon approche artistique, le Dan incarne le féminin sacré, mais aussi l’abondance. Et si je fais sa représentation dans mes œuvres, c’est pour rendre la perception du lecteur à son égard, un peu plus stylé, plus gracieux, pour ne pas engendrer l’incompréhension ou la crainte dans l’esprit des gens.

Pour vous, quelle place, doivent occuper les arts visuels, dans le développement de votre ville natale, Porto-Novo ?

Les arts visuels devraient constituer le socle du développement de ma ville natale, elle-même étant un musée à ciel ouvert.  Les talents artistiques et culturels aux énormes potentialités y foisonnent. Ainsi donc, le développement de Porto-Novo reste intrinsèquement lié à celui des arts visuels qui évidemment peuvent contribuer à distinguer la ville, à la rendre plus attractive, plus rentable par rapport au tourisme, et surtout à représenter ou défendre la valeur de notre histoire.  Les arts visuels devraient prendre une place de prédilection afin de faire resplendir Porto-Novo.

 

Propos recueillis par Djamile Mama Gao pour Bénincultures  ©www.benincultures.com

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