Industrie cinématographique au Bénin : l’avis des cinéastes

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Le Bénin a participé du 05 au 10 novembre 2018 à la 15e édition du Festival International Cinéma et Migrations Agadir à travers une délégation composée de cinéastes. Après plusieurs jours de festivals, les cinéastes béninois ont donné leurs avis sur les raisons qui ralentissent l’éclosion de l’industrie cinématographique au Bénin et ont proposé des actions à mener pour redynamiser ce secteur.

Le cinéma au Bénin serait en phase de stagnation selon les cinéastes béninois. L’état des lieux que dresse ces derniers est de loin des moins reluisants. Absence de financements, inexistence de plusieurs films de qualité surtout dans la catégorie des longs métrages, désintérêt des autorités aux cinéastes qui se manifeste par la non reconnaissance des efforts fournis par les dits cinéastes, la léthargie apparente du Centre National du Cinéma et de l’image animée du Bénin, l’inexistence de plusieurs salles de cinéma, l’absence de plusieurs grands festivals de cinéma et bien d’autres. Les remarques que soulignent ces cinéastes se retrouvent confirmées par d’autres cinéastes africains qui ont un regard sur le cinéma au Bénin. « Il n’y a pas plusieurs figures emblématiques  en terme de cinéma au Bénin. Il n’y a pas beaucoup de grands films du Bénin qui font parler d’eux sur le contient. Ce qui est quand même étonnant surtout quand on sait qu’il y une école qui forme aux métiers de cinéma au Bénin » confie Bassek Ba Kobhio réalisateur et écrivain camerounais, délégué général du Festival « Ecran Noir ». Le Bénin étant invité d’honneur pour la 15e édition du Festival International Cinéma et Migrations Agadir, les cinéastes béninois après plusieurs jours de contact avec le monde du cinéma au Maroc ont exprimé leurs ressentis. Sylvestre Amoussou est le réalisateur béninois dont le film « L’orage Africain, un continent sous influence » a représenté le Bénin au Festival International Cinéma et Migrations Agadir. Selon ce dernier, il n’y a pas de comparaison à faire entre le cinéma au Bénin et au Maroc car la différence se fait  remarquer d’elle-même. « Le Maroc a une industrie cinématographique bien structurée et bien organisée. Les réalisations sont financées par le Centre Cinématographique Marocain. Au cours de ce festival, on a assisté à la projection  d’un film intitulé « Lahnech » de l’acteur marocain Aziz Dadas réalisé par Driss Mrini. Le film à l’instar d’autres films a été financé par le Centre Cinématographique Marocain. On a vu la qualité de ce film qui n’est qu’un exemple parmi tant d’autres et l’envergure de sa réussite sur le marché après sa sortie. L’acteur a été honoré au cours de la projection. Tout cela a été rendu possible en partie grâce aux accompagnements des politiques. D’abord au Bénin il n’y a pas d’accompagnement, les efforts des cinéastes  ne sont pas reconnus malgré le fait qu’ils font tout de leur propre poche. Et c’est dommage pour le cinéma béninois » se désole-t-il. Une telle situation est susceptible d’avoir plusieurs conséquences  sur l’image du Bénin en référence au domaine du cinéma.  C’est ce qu’explique Cornélia Glèlè, jeune réalisatrice béninoise. « L’une des conséquences directes de cette situation est que le Bénin n’est pas souvent représentée sur des festivals avec des films variés et de très bonne qualité. Le FESPACO 2019 est proche et on se demande quels sont films qui vont véritablement représentés le Bénin » a-t-elle ajouté.

L’Etat doit financer et accompagner les cinéastes

Pour le réalisateur béninois Sylvestre Amoussou, l’une des conditions indiscutables pour le développement du cinéma au Bénin  est l’accompagnement des autorités politiques. Selon ses dires, l’industrie cinématographique est le reflet de toute une nation et il serait indispensable que les cinéastes soient assistés par l’Etat. « Le gouvernement béninois a pour vision de développer le tourisme au Bénin. Mais ce même gouvernement semble oublier que c’est le cinéma qui développe le tourisme à travers les festivals. Il ne sert à rien d’amener uniquement National Géographic pour filmer le Bénin. Prenez l’exemple du Maroc à travers le festival Cinéma et Migrations Agadir. Les films de par leur côté artistique et culturel révèle le pays, les merveilles que regorge ce pays et incitent les étrangers à venir sur des festivals pour voir ces films. L’Etat doit financer et restructurer le secteur. C’est une condition indispensable » a-t-explicité. A sa suite,  Sandra Adjaho, actrice et productrice béninoise a formulé des propositions pour une amélioration de l’industrie cinématographique au Bénin. « On ne demande pas à l’Etat de remplir la poche des cinéastes car eux aussi ont un effort à fournir. Mais je propose que l’Etat finance deux films, un court métrage et un long métrage par an. Ainsi, les vrais cinéastes vont faire le travail et au bout de plusieurs années, le Bénin aurait de films de qualité, dotés de portée artistique et qu’on peut projeter partout dans le monde. C’est un appel que je lance aux autorités » a-t-elle lâché. Eu égard à toutes ces recommandations formulées par les cinéastes béninois, le directeur du Centre National du Cinéma et de l’image animée du Bénin rassure car selon lui,  l’espoir est permis pour l’évolution de l’industrie cinématographique du Bénin. « Quand on regarde les films marocains projetés, on voit tout de suite un gros travail et un investissement derrière. De telles compétences existent au Bénin pour ce travail et le gouvernement à un projet de création d’un fonds spécifique pour le cinéma au Bénin. Le projet est en cours. Un cinéma évolué est possible aux Bénin. Chaque parties prenantes va jouer sa partition au moment venu » fini-t-il par conclure.

 

Chanceline MEVOWANOU

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