Idrissou Mora Kpai : « Le cinéma qui fera la différence est ce cinéma qui est proche de la masse »

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Formé à l’Université Cinématographique de Babelsberg en Allemagne, Idrissou Mora Kpai est un cinéaste béninois parti de son pays à 30 ans pour se faire former en Europe dans le cinéma. On le connait pour les films documentaires qu’il réalise. Il vit actuellement aux Etats-Unis et enseigne le cinéma à l’Université de Pittsburg. Il a réalisé « Si-Gueriki, la Reine-Mère », « Arlit, deuxième Paris » et « Indochine, sur les traces d’une mère ». Venu au pays dans le cadre des préparatifs de son nouveau projet de film intitulé « Border », nous avons rencontré Idrissou Mora Kpai pour en savoir plus.

wwwbnincultures.com : Vous dirigez actuellement un projet de film intitulé « Border » qui veut donner une autre vision du continent africain à travers le vécu de deux personnages Safurat et Abé. Parlez-nous de ce projet.

Idrissou Mora Kpai : Le projet « Border » est un drame romantique qui se joue à Sèmè, la frontière Bénin-Nigéria. C’est l’histoire personnelle de deux personnages qui se sont retrouvés bloqués à la frontière pour des raisons de manque de documents de voyage. De cette attente frustrante naît une histoire d’amour suite à l’exploration des lieux. En écrivant cette histoire, je me suis inspiré de mon parcours. J’étais venu à Lagos pour une conférence.

J’ai jugé utile de fouler le sol béninois mais j’ai été bloqué à la frontière pour des raisons de manque de document administratif. J’ai imaginé une histoire de romance dans cette atmosphère étouffante, ce chaos qui ne dit pas son nom. J’ai voulu donc parti d’une histoire amoureuse anodine pour raconter autrement l’histoire africaine avec deux individus. C’est donc cette nouvelle modernité africaine que je raconte.

Cette Afrique qui bouge, qui traverse les frontières, celle-là qui est le quotidien des petites gens, ces arrières-gens qui sont la source de cette économie qui marche. A travers ce film, on s’intéresse au quotidien de ce peuple. C’est la nouvelle Afrique sans ornement qu’on présente. Cette société africaine qui malgré ces déboires, sort la tête pour mener les combats. Le cinéma qui fera la différence est ce cinéma qui est proche de la masse. Nous n’avons pas voulu maquillé les choses.

A travers l’histoire, Abé quitte le Canada pour le Bénin, Safurat aussi voyage du Nigéria vers le Bénin. La thématique du voyage quelle soit interne ou externe est présente. Pourquoi avoir choisi la thématique du voyage comme mobile dynamique du film ?

Le voyage est une notion essentielle dans la vie. Chaque individu voyage en permanence. Voyage physique ou imaginaire. Voyage vers soi même et vers les autres. Et donc la notion de frontière apparaît inhérente. Frontière visible ou virtuelle, individuelle ou collective. La symbolique de la frontière possède une puissance qu’il faut exploiter. Safurat et Abé ont tous deux des conflits qu’ils cherchent à affronter en surpassant leurs frontières individuelles. La frontière physique Bénin-Nigéria s’offre donc pour eux comme le lieu où ils pourront résoudre leurs problèmes.

La Romance. L’amour qui naît dans ce chaos entre Safurat et Abé. Est-ce une manière de montrer que l’amour triomphe de ces barrières et de ces frontières ?

Oui ! Justement ! Safurat représente symboliquement le Nigéria et Abé le Bénin. Il y a une romance permanente entre les deux pays dont on ne parle pas. Il y a les réalités administratives et linguistiques qui nous font croire que nous sommes différents mais ce n’est qu’un leurre puisque les liens historiques sont plus puissants. L’atmosphère de Sèmè est une preuve tangible de cette relation d’amour qui existe et résiste par rapport aux restrictions administratives et territoriales.

Est-ce que d’un autre côté, on peut dire que le projet « Border » est un appel à une collaboration socioculturelle et cinématographique entre les deux pays ?

Justement, justement (Rires) On ne peut pas produire ce film sans faire appel à des compétences techniques et humaines dans les deux pays. La collaboration est inévitable dans ce projet car elle sera bénéfique pour tous et surtout pour le Bénin car le Nigéria est déjà beaucoup plus en avance sur nous dans le domaine, c’est la raison pour laquelle nous faisons appel à tous dans nos actions de prospection pour la réussite de ce projet.

C’est l’occasion pour lancer aux autorités des deux pays qui doivent savoir que c’est important de prêter une oreille attentive à ce qui se fait dans l’art et spécifiquement dans le cinéma puisque les acteurs commencent déjà par collaborer et les dirigeants doivent les suivre pour ne pas être en retard avec l’histoire.

L’appel à financement de ce projet reçoit-il un écho favorable au niveau des deux pays ?

Oui ! Des personnes morales comme physiques nous écrivent déjà et sont favorables au projet. Les réponses favorables se multiplient et c’est encourageant. Et cela nous prouve encore une fois que la collaboration entre nous est possible et favorable aux initiatives porteuses. A travers le financement participatif, nous prenons conscience que nous sommes assez nombreux pour faire de nos projets des réalités. C’est une expérience nouvelle au Bénin mais qui se faisait déjà au Nigéria et dans le monde.

J’en profite pour interpeller mes compatriotes à venir pour qu’ensemble nous puissions mener à bien cette belle aventure. Une nouvelle façon de montrer qu’en dehors des subventions internes ou externes, nous pourrions faire bouger les choses, juste en comptant sur nous-mêmes les acteurs et sur nos potentialités techniques et professionnelles. Je demande à la jeunesse de rêver et de ne pas attendre les autorités, si on doit les attendre, on ne va jamais rien faire.

Le Nigéria est aujourd’hui la troisième puissance cinématographique du monde. Il y a vingt ans que sa jeunesse a compris qu’il faut se lever et agir et aujourd’hui, la machine est installée et fonctionne à merveille. Nollywood est incontournable et ce sont les autorités qui courent actuellement derrière cette jeunesse là.

Propos recueillis par Paterne TCHAOU ©www.benincultures.com

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