Hervé Wegbome en tournée en France : pour « la promotion de l’image réelle de l’Afrique »

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Le comédien béninois Hervé Wegbome a entamé depuis quelques semaines une tournée en France. Avec quatre spectacles, ce jeune ambassadeur de la planche béninoise effectue une tournée théâtrale où il fait parler son art et son talent dans plusieurs zones de la France. Dans cet entretien, il revient sur les objectifs de cette tournée.

 

www.benincultures.com : Dans quel contexte s’inscrit votre actuelle tournée artistique en France ?

Hervé Wegbome : Je parlerai plutôt du contexte général puisque cette tournée, l’édition 2016, s’inscrit dans le prolongement d’une action qui a démarré depuis 2006, pour ne pas dire 2004. Mais c’est à partir de 2011 que c’est devenu régulier et assidu. Il s’agit d’abord d’une envie commune de montrer le vrai visage de l’Afrique d’aujourd’hui et de parler de mon pays le Bénin, montrer sa culture, sa beauté… En 2004 et 2006, j’avais participé avec un groupe de jeunes béninois et français, à un projet de lutte contre le trafic des enfants ; ce projet nous a conduit dans une tournée en France avec une représentation théâtrale au bout de laquelle on tient un échange avec le public sur le phénomène.

Dans les échanges, les questions du public notamment les enfants, se centralisaient surtout sur la vie quotidienne en Afrique… Avons-nous la télévision au Bénin ? Avons-nous des voitures ? Dormons-nous dans les arbres ? etc. A la suite de ce projet, en 2008, j’ai fait une petite création de spectacle de conte que j’ai tourné dans quelques écoles et centres de loisirs toujours en France et avec les mêmes questions des enfants. Cela nous a fait comprendre l’image erronée que les enfants et les jeunes français ont de l’Afrique d’aujourd’hui.

Alors, avec la collaboration des metteurs en scène, nous avons décidé d’agir ; d’où la création d’un spectacle de conte contemporain en 2011 suivi d’une plus grande tournée de 62 représentations dans une vingtaine de villes du Nord de la France. C’était ‘’KAN HOHO NOU’’ un spectacle qui parle de l’Afrique d’aujourd’hui tiraillée entre tradition et modernisme.

L’autre objectif en plus de la promotion de l’image réelle de l’Afrique, c’est la mobilisation de ressources pour la création et la tenue régulière d’un centre de loisirs à zakpota au Bénin en faveur des enfants. Et depuis 2011, l’aventure se poursuit jusqu’aujourd’hui avec actuellement 4 spectacles de créer et ensemble en tournée.

Vous présentez donc cette année 4 spectacles. Quels sont-ils et où les présentez vous ?

Oui, je présente 4 spectacles. Il y a d’abord KAN HOHO NOU, créé en 2011, SIN LIHO, créé en 2013, PARENTHESE, créé en 2014 et TRAVERSEES, créé cette année. Pour ces premières semaines de la tournée, ce sont les Régions Picardie et Haute Normandie au Nord de la France qui ont déjà accueilli les spectacles dans plusieurs villes sur tous leurs départements : l’Oise,  l’Aines et la Somme  pour la Picardie et en Seine Maritime pour la Haute Normandie. La tournée est prévue pour aller jusque vers le Sud de la France pour une soixantaine de représentation.

Rencontrez-vous parfois des Béninois au cours de la tournée ? Quelles sont leurs impressions ?

Plusieurs béninois résidents en France ou de passage ont déjà suivi des spectacles avec enthousiasme. Et à chaque fois, ils ont exprimé leur fierté, la joie et le bonheur de revivre les réalités du Bénin, du continent africain que véhiculent les spectacles ainsi que la justesse des thèmes choisis et l’opportunité de la tournée en France.

Avec cette expérience que vous avez dans les tournées artistiques, est ce que vous pensez que la chose est possible au Bénin sur toute l’étendue du territoire national ?

C’est bien possible au Bénin de créer des spectacles et de faire des tournées d’une soixantaine de représentations en deux ou trois mois si et seulement si l’Etat accompagne l’initiative. Autrement, je dirai que ce serait très difficilement possible. Déjà que ce n’est pas facile de l’organiser ici en France sur ‘’fonds propres’’, c’est-à-dire sans un accompagnement du côté béninois.

L’Afrique réservoir et réceptacle trouve une bonne position dans votre spectacle Traversées ? Pourquoi avoir pensé à la thématique de la migration ? Et qu’est-ce que ce spectacle apportera aux problèmes de migrations ?

Traversées est un spectacle qui aborde la plupart des migrations que l’Afrique a connu : immigration et émigration, la traite négrière, la colonisation, l’enrôlement des africains dans l’armée française, l’histoire des tirailleurs sénégalais etc., L’Afrique réservoir, l’Afrique réceptacle trouve tout son sens dans ses différentes traversées-là.  La Thématique de la migration fait vraiment l’actualité en ce moment en France. Mais ce n’est pas vraiment pour être dans l’actualité que le spectacle est créé puisque l’idée est née depuis près de deux ans déjà. De chez nous au Bénin, en Afrique, jusqu’aujourd’hui, l’image de ‘’l’Europe paradis’’, ou de la « France Eldorado’’ est encore bien présente. Et il n’est pas rare que des individus ou des familles cotisent de l’argent pour partir ou envoyer un des leurs en Europe pour gagner de l’argent. Mais la désillusion est énorme une fois sur place. Ce spectacle est donc créé pour présenter cette réalité-là et dire d’une part que l’Europe n’est en fait pas cette terre dorée où la manne tombe du ciel, où il fait si bon vivre… et d’autre part, montrer que les personnes qui quittent tout et qui viennent en Europe ne le font pas toujours pour le plaisir ; des situations les y contraignent parfois.

Qu’en est-il de vos autres créations ?

Kan hoho nou est une fable contemporaine qui parle de l’Afrique d’hier et d’aujourd’hui, l’Afrique de la tradition et du modernisme, l’Afrique des contes au clair de lune, des chasses aux porcs-épics, l’Afrique avec ses cérémonies d’initiation, ses cérémonies de « sortie d’enfant », ses prières à la nouvelle lune. En comparaison avec l’Afrique des téléphones portables à trois cartes sim simultanées, l’Afrique des connexions internet, l’Afrique des jeux vidéo…

C’est un spectacle d’objets qui essaie de donner au public une image vraie de l’Afrique d’aujourd’hui, tiraillée entre tradition et modernisme, une image non misérabiliste, exempte de tout préjugé. C’est une écriture collective des Béninois Hervé Wegbome et Brice Bonou et du Français Bernard Renoult, interprétée par Hervé Wegbome sur une mise en scène de Bernard et de Brice. Ce spectacle, depuis sa création a déjà été joué plus 200 fois.

Quant à SIN LIHO, c’est une fable contemporaine, contée, chantée, dansée, mimée, pour faire découvrir et redécouvrir le rapport à l’eau de l’Afrique d’hier et d’aujourd’hui, ce spectacle évoque l’Afrique de la calebasse, l’Afrique de la bassine en métal ou en plastique pour prendre de l’eau au marigot, l’Afrique avec ses tambours d’eau… en comparaison avec l’Afrique des robinets, des forages modernes, des eaux minérales embouteillées, des sachets d’eau vendus à la criée, des châteaux d’eau, des barrages, … mais aussi l’Afrique dans l’eau, l’Afrique face à l’eau ! C’est également une écriture collective que j’interprète sur une mise en scène de Bernard Renoult et Brice Bonou. Depuis sa création, ’’Sin liho’’ a été joué plus de 100 fois déjà.

Enfin, Parenthèses est un spectacle généré par un double regard sur cette immense déchirure qu’a été la première guerre mondiale : celui d’une couturière devenue par nécessité infirmière volontaire, et celui d’un fils de noble africain devenu tirailleur sénégalais par la seule volonté de la puissance coloniale. Malgré le caractère grave du sujet, « Parenthèses » est un spectacle vif et dynamique, mêlant humour et émotion. La part musicale est importante : orgue de barbarie, balafon, mélange des sons… chansons réalistes de la Belle Époque, mélopées africaines, mélange des genres… Théâtre d’objets également. Présenté plus de 80 fois depuis sa création, ‘’Parenthèse’’ est comme les autres pièces, une écriture collective interprétée par le duo Hervé Wégbomè et Christine Gomez, une comédienne et chanteuse française. Une mise en scène de Bernard Renoult et Brice Bonou. Avec tous ces spectacles, j’ai parcouru déjà la France du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest et joué dans plus d’une cinquantaine de villes. Ajouté à mes premières aventures, je peux dire sans erreur et prétention que j’ai plus ou moins 500 représentations à mon actif en terre française uniquement. Pour un comédien béninois, c’est une très belle expérience.

Propos recueillis par Paterne TCHAOU pour www.benincultures.com

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