Gaëlle Beaujean-Baltzer, la « béninoise » du musée du quai Branly

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On parle rarement de l’art béninois au musée du quai Branly à Paris en son absence. Chargée de cours en Histoire de l’art africain à l’Ecole du Louvre, Gaëlle Beaujean-Baltzer est responsable de collections Afrique au sein du musée.  Ses diverses recherches sur le Bénin, sa thèse de doctorat –portant sur le parcours de l’art royal d’Abomey- ainsi que les contacts noués avec les différents acteurs culturels béninois comme la Fondation Zinsou ou le musée historique d’Abomey, l’ont imposée comme la « béninoise » de l’équipe. C’est ainsi qu’elle sera la commissaire de l’exposition « Artistes d’Abomey- Dialogue sur un royaume africain » en 2009 au musée du quai Branly. Entretien avec une passionnée de l’art béninois.

Au musée du quai Branly, vous travaillez spécifiquement sur le Bénin. Pouvez-vous nous définir clairement votre rôle ?

En fait, comme mes collègues de chaque unité patrimoniale du musée (Asie, Amérique, Océanie et Afrique), nous devons être généraliste c’est-à-dire connaître les arts et civilisations du continent. Pour l’Afrique, nous sommes trois personnes (Hélène Joubert, Aurélien Gaborit et moi-même). En ce qui me concerne, je suis allée plus loin dans ma connaissance sur le Danhomè. Abomey permet d’aborder différents sujets qui me tiennent à cœur comme les biographies d’artistes et leur inspiration, l’histoire religieuse et politique de l’ancien royaume en incluant des périodes sensibles de l’Histoire, je pense notamment à celle de l’esclavage et de la colonisation. Les arts visuels d’Abomey contiennent toute cette complexité, une force historique et esthétique.

Qu’est-ce qui vous a conduit à cette spécialisation ?

Je suis passionnée d’art africain depuis que j’ai 14 ans. Les œuvres de l’ex Zaïre et du Mali furent mes premiers grands coups de cœur. Mes études en esthétique (philosophie de l’art), en histoire puis en anthropologie sociale m’ont permis de poursuivre ma passion. Ce qui me plait, c’est le répertoire des formes et des compositions, la force de l’expression dans la statuaire, le dynamisme à la fois dans la sculpture mais dans ce qu’elle suggère pour les danses avec les masques ou la mode à travers le textile. Au-delà des objets, ce sont aussi les rencontres que j’ai faites en Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Burkina Faso et Bénin évidemment) qui m’ont encouragée dans cette voie.

Combien d’expositions portant sur le Bénin ont déjà été organisé par le musée du quai Branly ?

Le musée du quai Branly est ouvert depuis 2006 et a réalisé, en France, deux expositions sur le Bénin : « Dieux, rois et peuples du Bénin » en 2008, à l’Historial de Vendée, dont le commissariat d’exposition était assuré par Hélène Joubert, conservateur en chef au musée du quai Branly, et Christophe Vital, de l’Historial de Vendée. Le musée parisien prêtait à cette occasion plus d’une centaine d’œuvres classiques béninoises (Fon, Nago, Mahi, Haoussa, Baatombu  Wasengari  Batammariba, Peul,…) en Vendée. Fin 2009, c’est à Paris au musée du quai Branly qu’il y eut une exposition sur l’ancienne capitale du Danhomè dont le titre était « Artistes d’Abomey – dialogues sur un royaume africain » pour laquelle j’ai assuré le commissariat avec mes collègues béninois Léonard Ahonon (conservateur et gestionnaire du site historique des palais d’Abomey) et Joseph Adandé (maître de conférences en Histoire de l’art à l’Université d’Abomey Calavi). L’exposition tâchait de mettre en lumière l’histoire d’Abomey, la relation des rois avec les artistes et mettait en regard l’approche française (que je représentais) et béninoise. J’ajouterai que le musée a travaillé avec la Fondation Zinsou qui a organisé avec brio l’exposition « Béhanzin » en 2006 ; ce fut d’ailleurs mon premier contact avec le Bénin. J’y suis retournée six fois depuis. Dans le domaine de l’art contemporain, le musée du quai Branly a exposé « La bouche du roi » de Romuald Hazoumé en 2006.

D’où proviennent les objets exposés ?

Les objets de l’exposition étaient auparavant au musée de l’homme et au musée national des arts d’Afrique, dont les collections ont rejoint le musée du quai Branly. Une partie des objets exposés provenait non seulement de cadeaux faits par le roi Ghézo à Napoléon III mais aussi du butin de guerre rapporté par le Général Dodds ; une autre partie des objets exposés fut offerte par le bokonon Guédégbè à Bernard Maupoil dans les années trente ; certaines œuvres présentées furent réalisées par les artistes de cour pour les colons (copie de tenture ou de récades) ; on y voyait aussi les moulages de bas-reliefs réalisés par Waterlot en 1910, des objets donnés aux musées ou achetés dont les peintures de Cyprien Tokoudagba.

Quel est le regard des visiteurs du musée sur l’art béninois exposé ?

Nous observons que la section « Bénin » intéresse le public. Le Président du musée, Stéphane Martin, a décidé de montrer plus d’œuvres du Bénin dans l’espace permanent du musée. Un espace a donc été libéré. La nouvelle section Abomey, mise en place par le directeur du Patrimoine et des Collections Yves Le Fur, proposera plus de 80 objets (actuellement 12). Le public devrait découvrir cette nouvelle présentation au mois de juin prochain.

A votre avis, le patrimoine béninois est-il suffisamment mis en valeur en Europe ?

Je ne pourrai pas dire si les patrimoines béninois sont suffisamment mis en valeur en Europe, en tout cas certains aspects de la culture traditionnelle béninoise sont devenus familiers du grand public européen comme les Guélédés, le vaudou ou les tata somba pour le nord du pays. Par ailleurs, certains artistes contemporains béninois rayonnent sur la scène artistique internationale : Romuald Hazoumé, Cyprien Tokoudagba, Calixte Dakpogan, Dominique Zinkpè ou encore, pour la musique, Angélique Kidjo.

Quel type de relation lie le musée au Bénin ?

Les relations sont plutôt de type technique, c’est-à-dire la conservation préventive, la recherche fondamentale et l’ échange de connaissances.

Comment se décide l’organisation d’une exposition en général au musée Quai Branly ?

Il faut présenter un dossier avec une description précise du projet avec un dossier d’œuvres.

Propos recueillis par Eustache AGBOTON

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