FITHEB 2018 : « 25 décembre » : le revers et l’envers en scène.

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Commande du FITHEB 2018, le spectacle « 25 décembre » est une création de Didier Sèdoha Nasségandé dans laquelle sont distribuées Florisse Adjanohoun et Nathalie Hounvo Yèkpê qui portent respectivement les rôles de Mathilde et Élizabeth.

C’est quoi l’histoire ?

Il va sonner minuit et on va être le 25 décembre. Dans la ville, les chants et les fleurs ont pris siège dans les cœurs. Dans une cellule, loin des pétards, des cultes, des discours, séjourne une prisonnière politique : Mathilde ; exerce son art qui fragilise le régime politique en place. Mathilde reçoit une visite d’office d’état : Elizabeth ; une vielle amie dont l’objectif est d’arracher le silence de la prisonnière. Sur le ring de la causerie et du bavardage utile se dresse l’engament de chaque être humain et des corps de métier quant aux enjeux de nos sociétés. Les deux se livrent une lutte verbale acharnée. Mathilde est conduite loin de la cellule pour une énième purge.

Qu’est-ce qu’on en dit ?

La réception de ce spectacle impose une lecture plurielle qui se base sur une dichotomie idéologique harmonieuse. Le revers et l’envers d’une même pièce qui semblent se dissocier mais qui en réalité sont indissociables. Le fait se lit déjà dans la titraille du spectacle : 25 décembre. Ce jour symbolise la naissance du sauveur, du messie. Celui-là qui viendra délivrer les uns et les autres de la souffrance et des peines. Le revers de ce bon jour est qu’il a été choisi pour rendre visite à une amie. Peut-on sérieusement choisi ce jour pour aller rendre visite à une prisonnière politique ? Mathilde était dans la peine et Élizabeth quittant sa joie. L’idée des fêtes qui contredit l’idée des peines. Les petites gens faibles et les puissants grands. Mathilde et Élizabeth, toutes mordues de leur rêve de jeunesse, représentent des entités opposées mais complémentaires. Rêves et réalités. Illusions et évidences dans un monde réellement fictionnel.

La doublure idéologique de l’envers et du revers s’aperçoit aussi dans le choix des acteurs. Mathilde étant celle qui devrait être révoltée arbore une voix angélique. Elle est si douce, si tendre et si affectueuse dans le ton, la portée de sa voix. La candeur de ses phrasés troublent la ferveur de sa supposée mélancolie. Élizabeth quant à elle se donne les attributs d’une révoltée, d’une grogneuse ce qu’elle n’est pas dans le contexte du spectacle. Didier Sèdoha Nasségandé a su jouer sur la psychologie des acteurs en les opposant schématiquement. C’est un mérite et cela expose la qualité du travail qui au fond impose une double personnalité opposée aux actrices.

Toujours dans cette démonstration de l’envers et du revers, nous pourrions nous intéresser à la thématique fondamentale du spectacle qui est focalisée sur le salut et l’illusion du salut. Le salut que les pères pauvres veulent pour leurs enfants. Le salut que les pauvres quémandent aux riches. Le salut que les pays du tiers-monde implorent chez les pays du nord, ce salut ne s’attribue point. Il faut le vivre. Ayant compris qu’il ne peut se donner, les riches, les pays du nord exploitent la psychologie des pays pauvres, des miséreux en leur miroitant une version truquée du salut, un pseudo-salut soutenu et entretenu par complaisance par la minorité riche gonflée, paranoïaque et abrutie. Cette minorité fait feu de tout bois, puise de la majorité faible et agit sur la naïveté et l’idéalisme de ces pauvres qui croient sérieusement au bonheur divin qui viendra du messie. Un messikoïsme utopique pour reprendre Alioum Fantouré dans Le Cercle des Tropiques. C’est un «25 décembre » sans cadeau de Noël. Un «25 décembre » sans merci pour un cadeau. Et qui ne reçoit pas de cadeau reste mélancolique et nerveux, d’où une crise entre peuples ou populations. Ce qui créé sans doute le fossé entre les classes sociales. «C’est le déséquilibre entre les riches et les pauvres qui est la source majeure des crises que traverse le monde.» certifie Didier Sèdoha Nasségandé

Ce qui renforce davantage notre avis qui stipule que ce spectacle dit une chose et son contraire, c’est le discours des actrices. Mathilde refuse d’être une martyr. Elle s’offusque de la gloire et de ses fleurs mais pourtant tout ce qu’elle fait, dit et pense l’accompagne royalement vers ce sacre. Le discours de Élizabeth s’inscrit aussi dans cette veine. Elle pense sauver la République, donner l’opportunité aux miséreux de s’en sortir mais tout ce qu’elle fait et dit la conduit sur un autre chemin.

En choisissant des femmes pour porter des rôles musclés, le metteur en scène passe donc dans le subconscient populaire la capacité et le potentiel de la gent féminine. La preuve, elles soulevaient incessamment les caisses et les prisons amovibles.
Ce spectacle est émaillé de figures : figures de héros, de lâches, de clochard, de riches, de pauvres. Figures emblématiques. Figures idéologiques. Sens dessus, sens dessous vu de profil comme de face. Ce spectacle vous conscientise et humilie votre sens d’engagement révolutionnaire. Où allez pour sauver qui dans quel monde ? La problématique reste en chantier tant que la symphonie n’est pas trouvée entre la Liberté et la Responsabilité.

Paterne TCHAOU

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