Faty – Lálá : « Rien ne sert de courir ; il faut partir à point »

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Entre le 7 et le 16 février 2018 où elle publie successivement l’audio et le clip de son nouveau single Lálá, l’artiste béninoise Faty m’a donné des nuits blanches. Et pour cause, même si j’ai bien pu deviner assez clairement la prononciation exacte et donc la signification du titre du single –ayant fait la Linguistique à l’Université, comme elle – j’ai eu du mal en écoutant l’audio à vraiment saisir le message intrinsèque de la chanson. Tout locuteur fon que je sois.
Et la vidéo apparut. Comme décrit dans un de mes posts sur Facebook le jour même de sa sortie, je me suis jeté sur le clip espérant trouver des réponses à mes nombreuses et légitimes questions concernant le message du single qui aura la particularité de me marquer au regard du temps mis par l’artiste pour le sortir, après son dernier single.
J’étais d’abord intrigué par le scénario du clip qui ne correspondait pas vraiment aux mots que j’entendais. J’ai d’abord reconnu des pensionnaires de l’Ecole Internationale de Théâtre du Bénin (EITB), sans vraiment faire attention. Ce n’est que lorsque vers la fin, j’aperçois le Directeur de cette école, grand metteur en scène reconnu comme tel, que j’ai compris. Ou que j’ai cru comprendre. Car il me faudra regarder cette vidéo, une trentaine de fois, sur environ une semaine pour en saisir les différentes séquences. Décryptage.

Ce qu’on nous montre

Le clip dure 4 minutes 51 secondes. Il s’ouvre par un zoom sur un ensemble de personnages au milieu desquels la chanteuse. A leur habillement, on reconnait un militaire, un paysan, un médecin, un zémidjan, un photographe, en tout, une dizaine de personnes représentatives, comme on le verra plus tard de notre société. En face, une « donneuse de top », qui agite un drapeau. Quand elle l’abaisse, tous ces personnages s’ébranlent dans la forêt, y compris la chanteuse. Cette dernière, guitare en bandoulière ne presse pas les pas, contrairement aux autres qui courent presque et prennent différentes directions dans la forêt.

A l’instar du médecin et du photographe, la chanteuse prend le temps d’observer la nature qui s’offre à elle. Elle marche, à petits pas, lève la tête vers les arbres tandis que le photographe…prend des photos. Pendant ce temps, des plans rapprochés sur les autres figurants permettent de lire sur leur visage, l’angoisse, parfois le doute. Mais cette impression de « but à atteindre, coûte que coûte ». Dans leurs courses, toujours à travers la forêt, les personnages sont observés par d’autres étranges êtres, maquillés et assis en cercle. Ils sont trois. D’abord intrigués par ces personnages qui commencent bientôt par se battre, les trois êtres finiront par suivre Faty, dans un premier temps, et le photographe dans un second temps. Ils empoigneront ce dernier et l’emmènent vers un inconnu.
Changement de décor. Changement de temps. Du jour, on passe à la nuit. On retrouve la musicienne, chantant, entourée de lampes et sous le regard d’un homme, visiblement un roi. Les autres personnages sont retenus par les êtres étranges, comme pour les empêcher d’intégrer le cercle « illuminé ». Un petit enfant tend une perche en flamme à Faty qui la brandit, tel un trophée, à la manière de la flamme des Jeux Olympiques. Elle s’avance ensuite vers « le roi » incarné par Alougbine Dine qui appose sa main droite sur sa tête. A cet instant, le son décroit et le clip prend fin.

Ce que j’ai cru comprendre

25 février 2018. Après un énième visionnage et alors que je me rendais à Bénincultures, j’ai revu le clip, séquence par séquence, cherchant à en comprendre le sens. Et finalement, mon interprétation est que cette chanson, ainsi présentée en image, n’est que le film de notre vie. Le départ de la course pourrait ainsi être vu comme notre venue au monde.
Après analyse, quand nous naissons, nous courons vers notre destinée. Dès notre naissance, nous sommes soumis à une telle pression pour réussir, parfois en nous battant contre nous-mêmes, parfois contre les autres. Et pendant que certains se lancent dans cette course effrénée, d’autres choisissent la voie de la sagesse, celle qui consiste à faire un pas après l’autre, à prendre le temps de vivre, de contempler la nature et ses bienfaits. Et contrairement à ce que l’on croit, ceux sont qui décident de prendre cette voie, celle de la sagesse ; ceux qui avancent lentement mais sûrement ; qui font leur travail sans relâche (guitare en bandoulière pour la chanteuse ou l’appareil photo pour le photographe) qui sont choisis des « anges » (les trois êtres) et bénis par les « dieux » (Alougbine Dine), au soir de leur vie (la nuit). Ils sont alors au contact de la plénitude.

Une conclusion que semble valider l’artiste en personne quand, le 26 février 2018, 10 minutes après 10 heures, elle publie sur son compte Facebook, « Résistez aux préjugés et nourrissez chaque jour votre détermination sans jamais désister! Travaillez et ne laissez jamais rien vous distraire! Allez écouter #lálá sur le www.myfaty.com et recharger votre esprit avec cette positive rage de vaincre!!! N’oubliez pas!! Souriez!

Eustache AGBOTON

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