Erick-Christian Ahounou, photographe du nu : « Non, je ne suis pas un voyeur « 

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Son exposition était l’une des attractions de l’édition 2017 des Journées Médias Bénin. Venu spécialement de Dakar où il s’est installé depuis quelques années, le photographe béninois Erick-Christian Ahounou a en effet exposé sur l’esplanade intérieure du stade de l’amitié des dizaines de photographies. Leur particularité, le nu. Intitulée « Erotisme du regard », l’exposition qui existe depuis presque 20 ans, est un travail dynamique qui s’inscrit au cœur d’une thématique attirante et intéressante, mais surtout osée. Mais le photographe s’en défend, il n’est pas « un voyeur ». Entretien.

www.benincultures.com : Nous avons visité votre exposition ‘’Erotisme du regard’’ dans le cadre des Journées Médias Bénin 2017. On voit à travers cette exposition votre côté voyeur de votre appareil photo. Dites-nous ce qui vous a inspiré un tel voyage dans l’univers intime de la femme ?
Erick-Christian Ahounou : Je n’aime pas trop le terme ‘’Voyeur’’ (Rires). C’est un travail que je fais depuis 20 ans qui n’est autre que le regard d’un photographe africain sur ses sœurs. Je dirai aujourd’hui avec beaucoup plus de facilité que c’est le regard d’un photographe africain sur des corps africains. Il y a plusieurs photographes, plusieurs peintres qui ont travaillé sur le nu qui est un genre photographique. J’ai eu donc envie de faire la même chose pour voir si je pourrais être à la hauteur des peintres et photographes célèbres qui avaient travaillé sur ce genre.
Cette mise en scène de la splendeur de la beauté du corps féminin est donc un hommage et non une provocation ?
Même si je peux considérer les premières années de mon travail comme une provocation parce que je voulais rester dans la mémoire des gens, aujourd’hui, la finalité de tout ce que je fais comme travail de photographie constitue un genre d’hommage au corps africain. Mon rêve est de collaborer avec des écrivains qui s’inspirent des photos pour écrire de textes courts pour rendre hommage à la beauté africaine masculine comme féminine, sans verser dans la vulgarité.
Est-ce qu’il y a un travail de choix de ces corps qui posent ou le travail est aléatoire ?
Au départ, j’ai ciblé plus des corps qui rentraient dans les standards que pouvait utiliser une sélection de Miss. Et chemin faisant, je me suis dit que la beauté de la femme africaine n’est pas exclusivement et forcément rectiligne. Donc des rondeurs, des courbes sont aussi des standards de beauté africaine et j’ai voulu travailler ces formes tout en continuant aussi par travailler les autres formes. Autant je demande à des femmes de poser pour moi, autant d’autres se manifestent volontairement pour poser. Le critère fondamental étant d’avoir 18 ans révolus. Pour le reste, quand en tant que photographe, tu te fais confiance, le travail peut se faire facilement.
Si le corps africain féminin est naturellement beau comme vous venez de le mentionner, quel est alors le rôle des accessoires intimes comme les perles, les colliers et autres instruments que vous utilisez ?
En fait, la beauté africaine quand vous regardez un peu plus loin est soutenue par ces éléments érotiques. Chez nous, il y a avait les alin djè (perles) que portaient nos femmes. J’ai été influencé dans le travail d’aujourd’hui par les standards de charmes de la beauté sénégalaise où les perles, en dessous de pagnes constituent des éléments de l’érotisme dans la culture sénégalaise. Quand une jeune dame sénégalaise se marie, ces éléments sont contenus dans les cadeaux pour lui permettre de mieux assurer ses responsabilités de femmes au foyer.

Et comme cette exposition se penche sur l’érotisme, j’ai voulu emprunter cela à la culture sénégalaise et l’utiliser pratiquement dans tout ce que je fais. Il y aura aussi la présence des dessous qui sont multiples et multiformes. C’est toujours pour rendre hommage à la beauté et à l’érotisme que ce travail se fait et se poursuit depuis 20 ans maintenant.
Considérant les réglages, les caprices d’appareils et autres intempéries corporelles, en combien de temps vous avez pu faire une image ou l’ensemble des photographies de cette exposition ?
Généralement une séance dure autour de trois heures. En trois heures, on peut faire beaucoup de photos. Et après on peut procéder à une phase de censure parce qu’il y a des modèles qui ont posé plusieurs fois pour moi et d’autres qui ont juste posé une fois. Mais comme l’anonymat est la règle essentielle de mon travail, il se peut que des modèles décident de la sortie d’une photo. Donc en trois heures de photo, je me retrouve à plus de 200 photos. Mais comme ce n’est pas une exposition exclusive, je peux décider de prendre deux ou trois photos parmi les 200.

Ce qui fait que depuis 1996 où j’ai commencé ce travail, il n’y a jamais eu une photo qui soit revenue deux fois dans deux différentes expositions. Même s’il y a des fonds qui reviennent, les photos sont toujours changées. Je continue toujours de travailler cette thématique qui reste intéressante et attirante en dépit des nombreuses critiques.

Justement, les critiques, parlons-en. Les comprenez-vous, surtout dans une société où le nu reste encore tabou ? 

J’aime beaucoup les critiques mais je voudrais que les analyses se fassent sans passion pour percevoir l’émotion que j’ai envie de donner. Il faut que les gens sachent que le nu est un genre photographique comme on peut avoir le gynécologue, l’ophtalmologue dans le domaine médical. Et je crois que je ne suis pas vulgaire dans mes photos raison pour laquelle je demande qu’on les regarde avec élévation d’esprit.
Vous venez d’ébaucher une certaine collaboration avec des auteurs pour accompagner vos images. Est-ce qu’au Bénin, il y a déjà des écrivains qui se manifestent ou quel travail se fait déjà à votre niveau ?
Je vous donne l’exclusivité. Cela va se faire avec des écrivains béninois. Parallèlement à mon séjour actuel, je suis en train de faire d’autres photos que j’exposerai sur les écrivains vivant ici au Bénin, sûrement en Novembre 2017. Je n’ai pas d’inquiétude. Il est vrai qu’à un moment donné je ne savais pas comment mettre en route cette collaboration. J’ai eu des conseils que je mets en pratique et en 2018, une grande exposition suivra au Bénin.
L’exposition a parcouru plusieurs pays déjà en Afrique comme en Europe. Quelle est la réaction des femmes sur ce travail.
Je peux vous dire qu’à Bruxelles, cette exposition m’a fait faire des photos avec une Bruxelloise, intéressée et séduite par ce travail. Et cette étape de Bruxelles m’est restée comme un souvenir important puisque des confrères étaient aussi surpris par beaucoup de choses : la qualité de la lumière que j’utilisais, mes modèles qui n’étaient pas des professionnelles puisque la plupart des filles qui ont posé pour moi, ne l’ont jamais fait auparavant, d’autres ne l’ont plus jamais fait après moi.

A Montreuil, en Hollande, en Finlande, au Burkina Faso ou au Togo, les compliments des femmes ne cessent de pleuvoir sur ce travail avec toujours des réactions étonnantes et positives. Le bref séjour que je fais actuellement au Bénin par exemple, j’ai fait déjà cinq séances. Donc les femmes sont intéressées surtout celles qui n’ont pas l’occasion chaque de se voir de dos, ces photos sont de belles occasions pour elles.

Les catégories sociales qui participent à cette exposition sont aussi variées dans le monde des femmes. Il y a des femmes lambda et de toutes les classes sociales, des mannequins et des cadres.

Propos recueillis pour www.benincultures.com par Paterne TCHAOU

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