Didier Houenoude : « Il est urgent de régulariser le cadre juridique pour assainir le secteur du patrimoine culturel »

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Il est le directeur du patrimoine culturel depuis le 5 octobre 2016. A travers cette interview accordée à Bénincultures, Didier Houenoude, Historien de l’art et Chef adjoint du Département d’Histoire et d’Archéologie de l’Université d’Abomey-Calavi dresse l’état des lieux du patrimoine culturel béninois et annonce les couleurs de ce qui sera son plan d’action pour les années à venir.

www.benincultures.com : Lors d’une Rencontre Mensuelle de la Culture (RMC) organisée par le Forum Culturel, des participants en sont venus à la conclusion que le patrimoine culturel n’est pas assez entretenu et ne saurait être utilisé pour le développement du tourisme comme le souhaite le gouvernement. Partagez-vous cet avis ?

Didier Houenoudé : Il ne revient pas à l’Etat d’entretenir le patrimoine culturel puisqu’il appartient d’abord à la population et cette population doit s’autosaisir de leur patrimoine et de le développer avec le soutien et l’accompagnement de l’Etat. Ce que nous sommes en train de faire déjà, c’est de répertorier  tout ce qui existe sur l’étendue du territoire national en matière de patrimoine culturel, donc un inventaire exhaustif du patrimoine culturel prévu pour démarrer cette année et qui s’étendra sur les quatre années à venir.

Nous nous donnons ce temps puisqu’il faut parcourir toute l’étendue du territoire, département par département et commune par commune pour recenser tout ce qui touche à la culture et au patrimoine culturel. Ensuite il y a la législation. Aujourd’hui, il y a la loi 2007 qui régule en matière de patrimoine culturel au Bénin. Et cette loi doit être vulgarisée et les décrets d’application liés à cette loi doivent être appliqués.

Nous sommes en train de travailler pour une restauration et une réhabilitation de tous les musées nationaux. C’est un travail de longue haleine puisqu’il faut ressortir les collections de ces musées, les nettoyer et les répertorier aussi et que nous puissions aussi former du personnel professionnel des différents éléments de nos musées. C’est un travail de réforme et de redynamisation du secteur qui est en marche. C’est vrai que ce n’est pas encore visible sur le terrain mais il faut ces préalables pour obtenir les résultats sur le terrain.

Est-ce l’Ecole du Patrimoine Africain (EPA) qui s’occupe de la dimension de la formation du personnel professionnel ou c’est à travers un département technique interne de votre direction ?

L’EPA est en train d’être intégrée à l’université d’Abomey-Cavlavi (UAC). Il y a des professionnels et des étudiants qui vont être formés là. Cela fait de la main d’œuvre pour le ministère. Nous avons aussi pris des contacts avec la Direction des patrimoines de France à Paris et un Institut de formation de Washington pour pouvoir former des professionnels dans les domaines de la conservation, de la restauration, du guidage bilingue dans nos musées et sites, la gestion même et la conception des expositions. Créer un corps de professionnels sur qui on peut s’appuyer pour redynamiser le secteur du patrimoine culturel.

Une fois après l’étape de l’inventaire qui est un travail de conservation, est ce que la Direction prévoit des politiques et des stratégies de promotion des fruits issus de ces travaux ?

L’inventaire devrait nous permettre d’aboutir à un répertoire exhaustif de notre patrimoine culturel mais également permettre d’opérer une sélection de certains éléments patrimoniaux qui doivent être intégrées sur la liste indicative dans l’optique d’une future inscription à l’UNESCO sans oublier les sites sur lesquels nous travaillons déjà pour une inscription. Nous pouvons citer la GAANI, la Cité lacustre de GANVIE, l’extension des TATA SOMBA et la Route de l’esclave.

A Ouidah, M. Dénis AVIMANDJESSI a voulu fermer son musée, certaines œuvres que le plasticien Romuald HAZOUME a offert au musée de Porto-Novo ont disparu pendant que d’autres sont laissées à l’abandon. Tout ceci ne contribue-t-il pas à alimenter le pessimisme ? 

Le problème de ces œuvres de HAZOUME, c’est qu’elles sont faites avec du bois. Le bois étant une matière périssable. L’humidité aidant aussi. C’est un problème de conservation que les responsables n’ont pas pu maîtriser. En ce qui concerne le Musée de M Dénis AVIMANDJESSI, il faut d’abord reconnaître que ce musée est privé et il est souvent difficile aux privés d’investir dans les activités muséales. On n’empêche pas les privés d’ouvrir les musées.

Au contraire, nous pouvons accompagner techniquement les communautés à ouvrir les musées mais l’Etat ne peut toujours pas apporter des réponses financières aux problèmes que vivent les musées privés. L’Etat même dispose déjà des musées qui ont du mal à bien fonctionner. Nous essayerons d’aider techniquement les privés qui veulent ouvrir des musées. Mais l’Etat ne peut plus continuer par injecter du fonds public pour des activités privées. Et nous continuerons d’assurer notre droit de regard sur les éléments qui sont exposés. Et pour réussir cette mission, nous avons besoin de nous appuyer sur les textes et c’est justement pour ça qu’il faut enfin régulariser le cadre juridique pour assainir le secteur du patrimoine culturel.

Nous avions connu par le passé le www.patrimoinebenin.org qui était une plateforme d’information dont la création a été financée par le Programme Société Civile et Culture (PSCC) dédiée au patrimoine culturel. Le projet existe-t-il toujours ? Et que pensez-vous faire pour mieux informer le public sur vos activités ?

Nous étions aussi surpris de la disparition de cette plateforme dédiée au patrimoine culturel. C’était intéressant. Nous travaillons aussi dans le sens de la visibilité mais nous attendrons de finaliser l’inventaire pour être capable de fournir, à partir de cette base de données, des informations fiables , spécifiques et exploitables pour toutes les catégories de public : chercheurs, étudiants, public simple etc.

Le 18 mai dernier, le Bénin a célébré la journée internationale des musées. Presque dans l’indifférence non ? 

Non, nous l’avons célébré à l’instar des pays du monde autour du thème retenu qui est : « Musées et Histoires douloureuses : Dire l’indicible au musée ». A travers ce thème, nous avons réfléchi sur sur le rôle des musées dans le processus de pacification des histoires douloureuses entre les différentes communautés qui vivent sur la planète mais également parlé des musées en tant qu’instance d’éducation. Nous souhaiterons que les Béninois puissent aider les institutions muséales à pouvoir mieux fonctionner à travers les visites. Ils peuvent même exprimer le type de musée qu’ils souhaitent avoir pour que nous puissions être en adéquation avec leurs besoins et attentes pour mieux les satisfaire. 

Propos recueillis par Paterne TCHAOU ©www.benincultures.com

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