Littérature : « Il faut battre l’amour quand il est fou » de Jean-Paul Tooh-Tooh

Author: 2 commentaires Share:
Jean-Paul Tooh-Tooh ce 5 avril à Cotonou ©Bénincultures
Jean-Paul Tooh-Tooh ce 5 avril à Cotonou ©Bénincultures

« Il faut battre l’amour quand il est fou » ou la prosopopée de l’amour-démence s’offre à nous-paisibles lecteurs d’Ici et d’Ailleurs- comme l’odyssée de la femme, objet politique Et sexuel. Du compromis mis en scène où le politique amoureux du pouvoir et de la femme se voit très vite détrôner par ses propres déviances sexuelles, ce recueil de cinq pièces de théâtre se décline comme une partition musicale.

La première pièce « Il faut battre l’amour quand il est fou », titre éponyme du recueil, est une quête charnelle entre deux sœurs à couteaux tirés sur le même homme- amant pour l’une et mari pour l’autre. Un conflit sentimental qui débouche sur le crime passionné où l’amour tord le cou à la raison. Cette pièce illustre de fort belle manière les deux (02) grands thèmes de tout lyrisme à savoir : l’amour et la mort.

Amour ventripotent où le sexe se cuisine à chaud, la deuxième pièce intitulée « La mort du passé » nous présente les chambres de passe comme un lieu catéchiste ou fétichiste d’où la repentance est bien possible. Scène obscure d’une prostituée avec un client débiteur insolvable qui deviendra plus tard ou plus tôt son mari, cette pièce est une réclame à la vie de débauche que mènent, à contrecœur, les femmes de nos trottoirs.

La troisième pièce « Broussailles et compagnie » relève du théâtre simulateur ; une sorte de forum politique avec la femme toujours à la tête des situations outrageuses. Cette pièce insinue une rencontre fortuite entre un Chef d’Etat imaginaire et un fantôme de fils qui serait un amant à l’une de ses nombreuses maîtresses. Confiance teintée de méfiance. Affaire familiale qui va tourner à la mayonnaise pour le fils trôné après une crise cardiaque du père suffoquant à l’amour-désir de sa maîtresse ; laquelle cuisine déjà fort longtemps les casseroles avec le fils méconnu du Chef d’Etat. Bel enjeu où le lyrisme trouve encore tous ses préceptes à la fois étincelants et foudroyants.

Lire aussi : « PV Salle 6 » d’Habib Dakpogan : Ecrire, c’est apprendre à mourir !

La quatrième pièce « Folie tertiaire » emprunte le boulevard d’une conversation de sourds entre un créateur-dramaturge-démurge, un poète et autres muses du canton artistique. Véritable logorrhée entre le créateur et le crée avide d’intrigues, cette pièce se présente à nous comme une boîte de pandore où on note une folie presque textuelle. Plaisir/jouissance remarquable dans les discours des actants en transe dans cette pièce, le dramaturge Jean-Paul Tooh-Tooh fait du babélisme avec, en filigrane, un jeu de ping-pong dramatique où le verbe se raréfie dans la bouche des personnages qui peinent à s’affirmer, à s’afficher.

La cinquième pièce « Immigritude » est un ballet dérisoire des jeunes qui prennent l’occident comme « terre promise ». Cette pièce est une farce qui vient clore la danse macabre des maux déclinés sur un chapelet de doléances pour qui rêve de l’eldorado. Immigration clandestine. Jeunesse en fuite. Nations en ruine. Tous les thèmes sont bons pour le dramaturge Jean-Paul Tooh-Tooh qui, à travers cette dernière pièce de son recueil, présente les plaintes d’une génération sacrifiée. Ce discours qui n’est pas contradictoire avec les plaintes de l’écrivain convoque le lecteur-spectateur à une profonde réflexion sur l’immigration clandestine.

Un tour d’horizon de ces cinq pièces confirme d’emblée le canevas assez détaillé du dramaturge Jean-Paul Tooh-Tooh chez qui on note une opposition focalisée sur l’amour vrai/ l’amour faux qui consume la femme, objet de dépotoirs et en même temps héroïne épisodique. Et il convient ici de rappeler le style toototique, permettez-nous ce néologisme, qui s’apparente parfois à l’écriture pornographique- pas pour dégrader les mœurs- mais pour les affiner dans le droit chemin du théâtre dans le théâtre ; école de la vie ; humour pour stigmatiser nos déboires et balivernes.

Comédie larmoyante, dirais-je, sinon théâtre lyrique où la poésie fait mince frontière avec le drame, « Il faut battre l’amour quand il est fou » emprunte au théâtre hugolien les traits caractéristiques des roublardises sentimentales et/ou politiques.

De cette production littéraire de grande facture, il convient, sans trop exagérer, d’affirmer que la littérature béninoise a encore de beaux jours devant elle.

Jérôme-Michel TOSSAVI. Ecrivain. Poète. Dramaturge. Bibliothécaire. ©www.benincultures.com

Laisser un commentaire

Commentaire(s)

Previous Article

La Traque de la musaraigne, une esthétique de la géographie nationale

Next Article

Sophie Adonon, écrivaine béninoise : « Pour la majorité de mes compatriotes, écrire n’est pas un travail ! »

Vous pourriez aussi aimer

2 commentaires

  1. Un jeune auteur à la plume en duvet. Au talent certain Jean Paul T. représente comme ses semblables, jeunes auteurs béninois, l´avenir de la littérature de notre pays… Faisons-lui honneur lisons-le savourons-le, au risque que notre amour pour sa plume soit battu parce que fou de ses écrits…

  2. Critique ou Présentation?

    Quatrième pièce: J’ai cru entendre et comprendre : « Créateur et Créé* » au lancement! J’attends de lire pour donner mon avis. Vive les Belles Lettres au Bénin !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *