Création artistique : Dans la fabrique de Dominique Zinkpè

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Le plasticien béninois Dominique Zinkpè ©Bénincultures
Le plasticien béninois Dominique Zinkpè ©Bénincultures

Il faut s’arrêter à l’entrée de la dernière rue à gauche avant la fin des pavés de Fidjrossè à Cotonou pour s’y retrouver. Un taxi de jaune peint estampillé « Taxi Démocratie. Agban Houdo » nous le confirme. Bienvenu dans le nouvel atelier d’un homme effacé dont le talent et l’œuvre font la renommée en Afrique et dans le monde : Dominique Zinkpè. Visite guidée.

Au portail déjà, du bruit continu des moteurs de véhicules qui empruntent la voie pavée, un grésillement particulier émerge et retient l’ouïe. Ça crépite en réalité. Annonce d’un travail de soudure… ? Exacte, il est prostré sur la base d’une sculpture de bois de l’esthétique Ibédji que le maître des lieux développe depuis une demi-douzaine d’années. Lui, c’est un collaborateur soudeur.

Occupant les angles de l’allée d’entrée, quelques sculptures colorées rouge bleu blanc. Le sol est verni de colories, pipiers verts usés, jonché de pots de colle et de peinture vidés, de tranches de troncs d’arbre admiratives de l’art sorti de la manipulation d’autres tranches comme elles. De l’intérieur apparait un autre collaborateur, une scie et une portion de bois mort en main. Quelques secondes après, un bruit ciselant provient de sa direction ; puis ceux secs d’un coupe-coupe qui taillent le dos du bois. Le ton est donné, nous sommes dans un atelier.

Dominique Zinkpè lui-même arrive alors, tee-shirt noir, jean et mocassin marron. Loin de ses tenues de sortie arborées lors de ses expositions, l’homme est, de la figure aux chaussures, enduit de peinture. De salle en salle, celle de sculpture à celle de peinture réservée à l’artiste en personne au deuxième niveau de l’immeuble en passant par les halls et couloirs où sont entreposées les œuvres tant nouvelles qu’anciennes, l’étranger se rend compte qu’il est dans une fabrique bien structurée d’où sortent des créations prêtes à s’offrir au monde. On comprend ainsi que c’est entouré d’une dizaine de professionnels de corps de métier différents que Dominique Zinkpè crée, peaufine et séduit son monde.

Une synergie de mains à l’atelier Zinkpè

« La conception c’est une chose, la réalisation jusqu’à la finition en est une autre ». L’idéal de Dominique Zinkpè se résume en cette sentence. Ces propos expliquent pourquoi l’artiste s’associe au savoir-faire de soudeurs, de menuisiers, de sculpteurs, de décorateurs, etc. qui, pour leur part, ne sont pas moins de créateurs qui conduisent aussi leurs projets artistiques individuels à côté des travaux exécutés en ce lieu.

La démarche vient créer une synergie d’actions qui garantie un rendement meilleur au regard des expériences que Dominique Zinkpè et ses assistants ont mené depuis plus de six ans. La formule d’une équipe aide, à en croire l’artiste, à l’imagination sans trêve de nouveaux projets avec la garantie d’un personnel disposé à leur réalisation. Ce qui rompt avec l’image de l’artiste « plasticien-sculpteur-solitaire » qui vulgarise son ‘’je’’ créateur au profit de la dynamique du groupe par l’apport de compétences précises à chaque étape. « Si je travaillais seul, je pourrais réaliser deux ou quatre pièces par mois. Alors qu’avec une équipe, on peut aller jusqu’à dix pièces » observe-t-il.

Une conséquence qui découle de ce choix est la mise en place d’une économie de l’art. Au-delà donc de se faire plaisir et de plaire aux consommateurs, l’art devient une entreprise qui emploie un personnel vivant de son travail. La demande se faisant aussi pressante au plan national qu’international, l’atelier de Zinkpè a ainsi fait le meilleur pari. Et les défis de la Biennale de San Paulo au Brésil en septembre prochain et de l’exposition imminente de l’artiste à la Galerie Vallois en France constituent des arguments qui le confortent dans son idéal. Des surprises attendent les amoureux des œuvres de Zinkpè qui sortiront bientôt de cet antre de la création.

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