Cinéma : J’ai regardé « L’orage africain, un continent sous influence » de Sylvestre Amoussou

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Les 27, 29 et 30 octobre 2016, le réalisateur béninois Sylvestre Amoussou a projeté en avant-première mondiale son nouveau film « L’orage africain, un continent sous influence ». C’était au Centre Artisttik Africa à Agla ( Cotonou) en présence du réalisateur.

Ce dimanche 30 octobre 2016, la grande salle du centre Artisttik Africa qui accueillait en avant-première le nouveau long métrage du réalisateur béninois Sylvestre Amoussou, n’était pas pleine. Loin de là. Mais les quelques rares spectateurs présents étaient de qualité et montraient toute leur attention pour ce film. Après le mot introductif d’Eric Azanney, coordonnateur du centre Arttistik Africa, le public fut directement invité à suivre le film. Pendant les 90 minutes que dure le film, la salle a les yeux braqués sur l’écran. Pendant les 90 minutes, de suspens en suspens, le public se surprend à rêver d’une autre Afrique, plus responsable, plus courageuse, plus ambitieuse. Et ça, c’est bien la marque de fabrique de Sylvestre Amoussou, un « panafricaniste convaincu », comme il se définit lui-même.

A la dernière image du film, on comprend aisément pourquoi le réalisateur béninois prend du plaisir à le présenter comme la finalité d’une trilogie cinématographique composée également de ses deux premiers longs métrages, Africa Paradis – Et si l’immigration changeait de camp (2007) et Un pas en avant – Les dessous de la corruption (2011). Cette trilogie qu’on qualifierait très facilement -et à raison- d’engagée a le mérite de permettre à Sylvestre Amoussou de prendre le parti de l’Afrique.

Eviter la déstabilisation…

Affiche du film ©DR
Affiche du film ©DR

Ainsi, une fois encore, le réalisateur a laissé libre cours à son imagination et présenté un visage de l’Afrique, comme il l’entend. Il présente SON idéal de l’Afrique, un idéal au final partagé par tout panafricaniste. Une Afrique. Unie, libérée de toute emprise, qui se prend en charge, qui prend conscience de son « influence » mais aussi de ses « richesses ». Une Afrique qui pourrait devenir un paradis si elle prenait le soin de capitaliser chacun de ses pas en avant.

Le film donne à voir un Ezo  Essogbé (Sylvestre Amoussou), président de la république imaginaire de Tangara que l’on situerait en Afrique. Souffrant de voir les richesses naturelles de son pays uniquement exploitées par des entreprises occidentales, Ezo  Essogbé qui n’a de cesse de rappeler qu’il est « démocratiquement élu à une majorité de 70%, décide alors de nationaliser tous les moyens de production installées sur son territoire par des étrangers. Levée de bouclier des occidentaux qui apprécient peu cette décision. Un combat s’engage et tous les coups sont permis.

D’un côté, le président nationaliste qui doit déjouer des complots y compris dans son camp et d’un autre les occidentaux se disant propriétaires et maîtres du peuple qui mettent tout en œuvre pour déstabiliser le régime. Le salut du peuple viendra finalement non pas seulement de l’entêtement du président convaincu d’être sur le bon chemin mais d’une journaliste « intègre ». Les plans des occidentaux seront déjoués et la victoire célébrée.

Un pas en avant…

Avec des comédiens français et béninois de talent, le film donne au spectateur toutes les armes pour nourrir sa révolte envers l’emprise des occidentaux. On en sort plus africain. Le film qui aura mobilisé le réalisateur pendant une dizaine d’années, met en scène tous les fantasmes des Africains en ce qui concerne les intrigues orchestrées par l’occident pour le maintenir sous domination. Nous avons à faire à une fiction. Mais elle est si proche de la réalité que l’Afrique et l’Occident s’y retrouvent aisément.

Autant dans Africa Paradis, Sylvestre Amoussou a su utiliser ses acteurs pour nous (dé)montrer que l’Afrique peut aussi un jour accueillir des immigrés européens, autant dans ce nouveau long métrage, il a pu (ex)poser de fort belle manière les dessous des relations entre l’Afrique et l’Europe. Une relation symbolisée dans le film par l’actrice française Sandrine Bulteau, l’interprète de Mme Touvenelle, surnommée « Madame Afrique ».

Objectif atteint donc pour Sylvestre Amoussou qui souhaitait montrer à travers ce film tout le mal que se donnent les occidentaux pour maintenir le continent africain sous influence. Ce qui est dans la droite ligne de son combat de montrer une Afrique qui se bat. « Je sais que pour être bien vu, il faut faire des films qui présentent l’Afrique comme le continent de tous les malheurs et surtout où l’image du noir est négative. Mais moi, je ne ferai jamais un film complaisant sur l’Afrique pour faire plaisir à quiconque », confiait-il déjà en janvier 2014 à Bénincultures.

Les acteurs ont accompli leur part du contrat. Dans une simplicité qui renseigne sur leur professionnalisme, ils ont bien tenu leur rôle. Chacun a su se confondre à son personnage pour donner à voir à l’écran un résultat surprenant et agréable. Le tout dans un décor tellement parfait qu’on oublierait presque que le film a entièrement été tourné au Bénin. Les plans présentés par le réalisateur offre en effet de belles images des lieux où le film a été tourné. Comme cet hôtel de Grand-Popo ayant servi de Palais présidentiel.

En somme, Sylvestre Amoussou est un rêveur. Il rêve d’une autre Afrique. Et sa caméra lui permet de partager ses rêves. Maintenant, il faudrait passer aux actes. Car combien de dirigeants africains, à l’instar de  Ezo  Essogbé, seraient prêts à ne pas trahir leur peuple contre une promesse de comptes bancaires fournis. Nos dirigeants ne sont-ils pas aussi nombreux à avoir intérêt à ce que leur peuple soit sous influence ? Quel rôle revient au peuple ? Peut-être de nouvelles pistes pour les prochains films du réalisateur béninois.

Eustache Agboton ©www.benincultures.com

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