Chronique Urbaine #5 : DJ Highfa, un talent urbain en pleine expansion

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C’est indéniablement, l’un des plus respectables Dj au Bénin. Notamment à travers son parcours, ses expériences, les sollicitations qu’il reçoit (Il a représenté à maintes reprises, le Bénin, dans les pays du monde comme la France, le Nigéria, Dubaï, etc. ndlr), ses rencontres, ses découvertes, son regard sur l’aspect de la gestion de sa carrière, sa vision et ses visées.  

Animateur de soirée, programmateur de musiques, dilatateur d’ambiance, c’est quelqu’un à priori de dynamique, polyvalent, avec de bonnes capacités d’analyse, qui œuvre à rendre inoubliable, chacun des moments de festivités auxquels il est convié.

C’est d’ailleurs pour tous ces atouts et pour ceux que vous ne connaissez pas encore, que, nous avons tenu à vous le faire connaître. Focus donc, sur un talent urbain en pleine expansion.

 

www.benincultures.com : Highfa ! Pourquoi ce nom ? Ou explique-nous ce choix de nom de Dj ?

DJ Highfa : Je considère la musique comme quelque chose de transcendant. C’est-à-dire qu’elle doit nous permettre de ressentir et d’explorer nos émotions. Raison pour laquelle, je voulais qu’il y ait le mot anglais ‘’ HIGH  » qui signifie hauteur, voler, s’élever, afin d’illustrer le fait que la musique nous permet de nous évader en quelque sorte.

Le « FA » que j’ai rajouté ensuite, est arrivé un peu par hasard, lorsque j’ai voulu trouver un rapprochement avec mes origines. Et il se trouve que notre religion endogène voue un culte au  » Fâ « . Je l’ai donc gardé puisqu’il certifiait d’où je viens.

Etre Dj, pour toi, est-ce un don, une passion, ou il faut travailler pour le devenir ?

C’est tout ça en même temps. Je suis devenu DJ car à la base depuis ma plus tendre enfance, j’écoute de la musique. Toutes les musiques d’ailleurs. Puis, j’ai pendant longtemps organisé des soirées et concerts entre la France et le Bénin, et ça, depuis les années 2000. Ce n’est qu’en 2009 après avoir fini mes études, et être rentré au Bénin, que j’ai commencé à me mettre réellement au Deejaying.

Chez moi donc, c’est parti de ma passion de la musique. Même si j’avais été professeur à l’université comme j’y étais destiné, je me serais sans doute, toujours investi dans la musique, à côté.

Après, concernant le travail, comme dans n’importe quelle autre discipline, pour être performant il faut travailler ses acquis et encore travailler ses performances. S’améliorer constamment. Se perfectionner sans cesse. Notamment lorsqu’on se met au scratch ou à la production musicale. C’est donc comme je le disais : tout ça en même temps.

Pour quelles raisons passe-t-on de l’économie à DJ, alors qu’à priori, l’économie donne une garantie de richesse ?

Comme je l’ai rappelé plus haut, j’ai toujours été proche de la musique. J’ai fait des études pour avoir un bagage intellectuel en plus au cas où. Je n’ai pas vraiment décidé de devenir Dj. Ça s’est presque imposé à moi. J’ai travaillé quelque temps dans le secteur de la musique et dès que j’ai senti que je pouvais en vivre, je me suis lancé à fond. Les choses se sont donc faites progressivement, à la suite de rencontres et d’expériences.

Pour moi, il est très important dans la vie, de faire ce que l’on aime et d’aimer ce que l’on fait. Un peu comme le dirait en anglais : « Do what you love and love what you do ».

Si j’ai eu une formation universitaire en économie et gestion, ce n’était pas strictement pour finir dans le domaine. Au-delà du diplôme, c’est un savoir qui m’a été donnée pour justement pouvoir m’orienter et me défendre dans la vie et dans mon métier actuel. Le diplôme équivaut à de la connaissance que l’on peut appliquer à tout. C’est ce que j’ai fait. C’est ce que je fais. Ainsi, tout ce que j’ai appris à l’université a été très utile pour bien gérer mon parcours de DJ.

Quel événement a donné le déclic à ta carrière ?

Il y a 3 événements précis qui ont fait déclic dans mon parcours. Le premier est ma rencontre avec Stéphane Vernet. Un ami d’enfance français qui va me faire découvrir la musique jamaïcaine et qui jette les bases de notre première Sono au Benin  » Reality Crew «  et qui deviendra par la suite la société de sonorisation Megabass qui m’appartient désormais.

Le deuxième événement important est la rencontre avec Bunny D Read, qui est artiste, manager, activiste du mouvement Reggae, depuis plus de 30 ans. Je l’ai rencontré à Toulouse en France où j’ai fait mes études. C’est quelqu’un qui a changé ma vision de la musique et m’a montré que la musique pouvait tout conquérir même la haine. Je lui dois beaucoup.

Le troisième déclic, c’est quand je me suis rendu au Nigeria pour jouer grâce à BENNY PALDIN (le rasta qui chante dans Tèkpamantchè de Diamant Noir). En arrivant à Lagos en 2009 et en voyant comment les DJ y étaient des superstars, je me suis dit « c’est ce que je veux faire ».

Et tu es donc devenu Dj professionnel. Qu’est-ce vraiment un Dj professionnel ?

Un Dj professionnel pour moi c’est déjà quelqu’un qui vit financièrement de son activité. Ensuite il y a un standard technique à avoir. Le métier de Dj a beaucoup évolué avec une nette amélioration du matériel qui permet aujourd’hui à chaque DJ d’avoir son style propre et de faire autre chose que, de simplement se contenter du « press play ».

Un Dj professionnel doit aussi avoir une équipe autour de lui. J’ai par exemple un manager, des promoteurs et des amis du milieu, qui font partie de mon réseau.

C’est grâce à tous ces gens que je peux réellement vivre de mon activité. Et c’est ce que devrait un Dj professionnel d’après moi.

Quel Dj as-tu pour modèle ? Et pourquoi ?

J’en ai 3. 3 DJ comme modèles. DJ Jazzy Jeff pour ce qui est de l’essence même du Deejaying. Le côté scratch et Entertainment en soirée, ce gars, est le meilleur.

Ensuite, DJ CRAZE qui a été 5 fois champion du monde des DJ DMC, qui est une discipline du Deejaying.

Et enfin Dj Diplo de Major Laser, pour le côté Dj-producteur. Ce gars est dans le futur, essentiellement au niveau du son. Et de surcroît, il sait faire la fête. 

Explique-nous ton attrait à faire la part belle, dans tes mixages aux musiques, aux sonorités afro-pop et américaines ?

Ma préférence va d’abord au Reggae et au Dancehall. C’est par la musique jamaïcaine que je suis arrivé aux platines. D’ailleurs, le métier de Dj a démarré avec les jamaïcains. Ensuite, j’aime bien la musique afro pop à cause de mes séjours répétés à Lagos. J’ai adoré l’énergie des clubs nigérians et les Dj sont très forts pour faire monter la pression dans le club.

Puis, le hip hop étant né avec ma génération, c’est normal qu’il fasse partie de mes « set » de Dj aujourd’hui, parce que c’est ma culture musicale source. J’ai grandi avec des gens comme Mc Hammer, Snap, Run D MC, etc., dans le casque, donc, ça justifie mon orientation vers ce type de musique.

D’après toi, est-ce parce que le métier est très peu valorisé, ou est-ce plutôt parce que le Dj aime travailler dans l’ombre, qu’on connaît peu de Dj ou qu’ils s’affichent peu ?

Clairement, c’est parce que ce n’est pas suffisamment valorisé. Et d’autres facteurs vont avec. Ici au Bénin, le métier de DJ dans un club est aussi valorisé que celui de serveur. Autrement dit, les patrons de club n’ont pas compris encore l’intérêt d’un DJ. Ils n’encouragent pas, déjà par la rémunération qu’ils octroient. Cela ne permet pas au Dj de se prendre suffisamment au sérieux. Bien sûr, le revers, c’est qu’il y a des Dj qui ne font pas assez d’effort pour redoubler de créativité dans leurs « sets ». Ils se contentent souvent de jouer des disques l’un après l’autre sans créer de la nouveauté dans le mix.

Ailleurs à l’étranger, les Dj sont devenus des artistes à part entière, qui ont des tournées, des managers, des agences de booking. Ils sont payés à des sommes exorbitantes pour certains, juste à cause de leurs renommées.

C’est aussi ça la force d’un Dj, son nombre de folllowers, d’où l’importance des réseaux sociaux. Or ici, la connexion déjà est minimale. Déduisez vous-mêmes.

Quel projet en construction en ce moment ?

Continuer à étendre mon activité de DJ au-delà du Bénin (des contrats en vue) et continuer d’améliorer mon studio.

 

Propos recueillis par Wilfreed Amoussou & Djamile Mama Gao pour Bénincultures  ©www.benincultures.com

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