Chronique Urbaine #2 : Gopal Das, Ce slameur du terroir, cette langue du territoire

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Verbe tonique, timbre solennel, vision recentrée sur les acquis de la communauté Goun, Gopal Das, appartient à la nouvelle fibre du slam béninois. Il mêle ses expériences à ses mots, et joint à sa verve les crispations et frustrations qu’il rencontre au sein des siens.

« Hounvi » son premier single officiel, se veut dans ce sens, un chaudron d’amertume, de constats, de dénonciation de travers de notre société actuelle et de regrets exprimés à l’égard du béninois autour de lui. « C’est en me rapprochant de moi-même et des miens que je pourrai parler aux uns et des autres », prétend-il !

Et ça il y sera parvenu. D’autant plus que, grâce à « Hounvi », le slameur sera parvenu à faire une entrée remarquable dans l’arène musicale béninoise.

La bouffée de mots percutants qui a surfé à travers les subtilités phoniques et euphoniques du Goun, s’est incrustée malgré tout dans l’esprit de nombre d’entre nous,  suscitant un intérêt collectif et un impact positif sur la conscience populaire. Anodin ? Non !

Parce que, depuis 2009, qu’il participe aux scènes et concours slam, ses mots lorsqu’ils les déclament, draguent, attaquent, taclent et claquent des thématiques actuelles, factuelles, ou parfois intemporelles ; mais souvent abordées avec un regard porté vers la probité humaine ou la spiritualité.

« A dire les choses comme tout le monde, on finit par ne convaincre personne. Quand je dois dire, je préfère prendre du recul, et plonger dans des approches spirituelles afin de faire s’affronter le mondain et l’immatériel. C’est après cette lutte intérieure que j’ose me lancer. Ça me permet de parler autrement, de parler pour être convaincant, de parler pour être universel ».

Ce propos de l’artiste se confirme aisément, à l’écoute de son deuxième single  » Iya « , dans lequel, le slameur aborde la thématique de la mère génitrice, mais une fois encore, avec un supplément d’âme, prêtant mêmes au symbolisme, et à des interprétations divinatoires : « Un homme a sept (07) mères en réalité. Donc « Iya », c’est pour exhorter l’homme, c’est-à-dire le fils, à témoigner du respect, de l’amour à ces sept (07) différentes mères-là qui sont autour de lui, qui gravitent pour le guider, et pour qui, malgré ses désirs personnels, l’homme, le fils, se doit d’avoir de la déférence et de l’écoute ».

Cependant ne vous y méprenez pas. Gopal Das, c’est également un humour mordant, un plaisir de la dérision irrésistible, un ton proverbial élaboré et persuasif, une attitude scénique et une prestance apodictique. Il va en ce sens, attribuer, à son orientation artistique, l’appellation de « Sassigbé », qui se veut être le verlan (pour rester coller à ses réalités contemporaines) de « Gbéssisa » (dit ‘’ parole agissante’’ chez les Goun).

Et par la pratique du « Sassigbé », Gopal Das, ne se contente pas que de véhiculer le Goun, il s’y repose énormément, surtout pour la remodeler, la réutiliser, la réinventer, l’investir dans ses spécificités fonctionnelles, génératives, linguistiques,  et parfois même, comme pour rappeler toute la dimension totémique que peut questionner la provenance d’une langue africaine/béninoise.

Ainsi, Gopal Das, explore le slam tel un lieu de dévotion, de reconquête de sa culture, de perpétuation des valeurs et vertus patriarcaux, où l’euphorie, et le rire surviennent pour interpeller, questionner, et soulager.

Par Djamile Mama Gao (Negr’ Djamile), Ecrivain – Artiste (Slameur) ©www.benincultures.com

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