Chronique des acteurs : Samson ADJAHO nous parle du tandem Cinéma-tourisme pour révéler le Bénin

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Le Bénin, malgré le riche potentiel de sa Culture, ne parvient pas encore à en favoriser l’essor économique. Avec l’explosion du « darwinisme numérique » dans le monde et en Afrique, la concurrence se fait de plus en plus rude, et tous les moyens sont aujourd’hui bons pour mettre son pays et ses valeurs culturelles sur orbite. Le Septième Art, carrefour par excellence des arts, est plus que jamais omniprésent dans nos sociétés, et accessible à tous, grâce aux divers progrès technologiques. Les consommateurs peuvent désormais regarder les derniers films, les télécharger sur leurs ordinateurs ou leurs smartphones, et se mettre dans la peau des personnages, le temps de quelques heures. Mieux, de plus en plus, les amateurs de ces films désirent aller plus loin qu’être de simples spectateurs. Ils veulent appréhender l’environnement visuel des films et les toucher du doigt. Ainsi par exemple, la Tour Eiffel que le cinéphile béninois a pris du plaisir à voir dans des films à mille lieues de la France, constitue pour lui une destination de choix qu’il doit découvrir à tout prix, afin d’avoir la sensation unique d’y revivre les plus belles scènes du film. Ce sentiment de rêve et cette sensation de lubie est ainsi portée aux touristes par le cinéma qui devient l’un des meilleurs canaux de communication rapides et convaincants. Le Bénin, à l’instar de l’Afrique du Sud, la Tanzanie, L’Angola ou du Kenya, a tout à gagner en favorisant le tandem cinéma-tourisme pour un boom culturel et économique significatif.

L’exemple du Kenya entre autres…

Prenons le cas du Kenya. Le film Nirgendwo in Afrika a été primé meilleur film étranger à la 75ème cérémonie des Oscars à Los Angeles (États-Unis Unis) en 2003. Ce film allemand réalisé par Caroline Link, entièrement tourné au Kenya, est une véritable carte postale du pays. Il raconte l’histoire vraie d’une famille juive allemande qui fuit le nazisme en 1938 pour s’installer dans une ferme au Kenya. Regina, leur fille, se lie immédiatement d’amitié avec leur cuisinier kenyan Owuor, aux côtés de qui elle se familiarise à la langue et aux coutumes locales. Les industriels du film et du tourisme kenyan ont été heureux de la publicité que leur apporte cette distinction car il a permis entre autres un fort développement du tourisme et contribué de manière directe ou indirecte à près de 14% du PIB kényan, fournissant plus de 700 000 emplois directs ou indirects, soit 12% des emplois du pays (d’après une enquête d’Aymeric Vincenot de l’AFP Mombasa). Mieux, ce regain d’intérêt pour le Kenya lui a permis de décrocher dans la même année trois propositions de tournage de film étranger, non seulement à cause du charme de ses décors naturels, mais aussi à cause de ses infrastructures artistiques et techniques qui reviennent 40% moins chers que beaucoup de pays africains cotés. De cette étude, il en ressort que le cinéma a une très grande influence positive sur le tourisme, avec des exemples patents, partant de l’Hôtel James Bond en Ecosse au Disneyland en France. En Afrique, des milliers de touristes ont visité la ville de Marrakech au Maroc, les pyramides d’Egypte ou les réserves de safari du Kenya grâce aux films qui y ont été tournés. Et il n’existe presque pas de grands films (fictions, documentaires et mêmes dessins animés) qui parlent de la France sans montrer la Tour Eiffel ou de la Chine sans présenter la Grande Muraille ou la Cité Interdite. Le Bénin, avec le Parc National Pendjari, le village souterrain d’Agongointo ou le village lacustre de Ganvié a tout aussi à prouver s’il les valorise. Et cette valorisation connaîtra son paroxysme si ces différents sites sont portés à l’écran dans des œuvres cinématographiques de haute facture.Trois axes majeurs…Dans cette dynamique, nous souhaitons apporter des pistes de solution qui s’articuleront autour de trois pôles majeurs : La promotion de films documentaires, Fictions et d’Animation.L’une des premières étapes que nous estimons essentielles reste l’accompagnement financier, logistique et technique dans la production d’œuvres locales compétitives. Il s’agira de mettre en place un mécanisme de production interne pour la réalisation de films fiction, documentaires et d’animation sur les meilleurs sites touristiques du Bénin. Ces productions partiront des courts métrages (30 sec à 26 min), diffusables aux grandes rencontres politiques, économiques et culturelles du monde, aux longs métrages (90 min), exportables sur les grands festivals internationaux de films, et transcriptibles dans plusieurs langues. Cette option, qui apporte à une région une grande visibilité en images, présente un double avantage : le fait de diffuser les images d’une destination sur grand écran permet non seulement à la région concernée de toucher un vaste public venant de tous horizons, mais il permet également de positionner le Bénin comme un vivier potentiel de régions touristiques pouvant abriter des productions de films internationaux. Notre pays pourra ainsi à la longue se faire valoir aux grandes rencontres comme l’International Film Location Exchange (États-Unis) qui offre une plateforme d’échanges entre agents de voyage, producteurs de films et promoteurs touristiques du monde. Des films à projeter sur les sites touristiques…Au delà des productions exportables à l’international, l’Agence se dotera également d’une banque de films sur les différents sites touristiques et patrimoines du pays. Ainsi, à l’instar de l’oasis EIN GEDI (située en Israël près de Massada) que nous avons eu la chance de visiter, magnifique site dont les visiteurs ont un avant-goût à travers un film documentaire de six minutes qui leur est projeté dès leur arrivée, les sites touristiques béninois pourront aussi se doter de telles infrastructures modernes et devenues incontournables, afin d’offrir aux visiteurs le nec plus l’ultra. Une base de données du patrimoine et des sites touristiques.Ce troisième pôle permettra de se doter d’une impressionnante base de données, afin d’archiver en images et sons, et ce, de manière progressive, l’ensemble du Patrimoine béninois et des sites touristiques. Ces données pourront être non seulement revendues dans le monde comme documents d’archive en stock-shot, mais également exploitées par les générations futures.Ce sont là autant de réflexions d’ordre général que nous proposons à travers un rapport sain cinéma-tourisme, quand on sait aujourd’hui que le cinéma constitue indubitablement un moyen intermédiaire pour la plupart des destinations d’attirer le toursime chez eux. Il permet dès lors au cinéphile-touriste de se tracer un circuit de rêve, qui part d’un film vu, à la découverte effective de son environnement visuel, sans oublier les produits dérivés qu’il va acquérir comme souvenirs. Autant de possibilités qui s’offrent à notre pays, et dont la mise en œuvre est possible par des compétences locales rares mais existantes.

Chronique de Samson ADJAHO

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