Boukoumbé : La culture et le cultuel valorisés à travers le fonio

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Située dans le département de l’Atacora, Boukoumbé, la cité des Tata, a accueilli la quatrième édition du Festival traditionnel Fonio (Festra- Fonio). C’était  du jeudi 22 au dimanche 25 octobre 2015. A l’occasion, prenant le fonio comme prétexte, les organisateurs ont mis en valeur la riche et diverse culture du peuple Otammari.

Le soleil trônant au zénith et la température bien élevée n’ont nullement émoussé les ardeurs des populations qui ne voulaient pas se faire conter l’événement. Un événement riche en couleurs, musiques, danses, jeux divers et démonstrations artistiques et dont ni le rythme, ni l’ambiance n’ont faibli tout au long des quatre jours qu’il a durés. De belles festivités au cours desquelles les nombreux participants, venus d’un peu partout de l’intérieur du pays et de l’extérieur des frontières béninoises, ont apprécié la fameuse danse dite « la technique du fonio » présentée par des jeunes gens bien aguerris.

Ils ont également découvert non seulement le Fonio mais aussi les danses, la musique et bien d’autres rites qui sont inscrits dans la tradition Otammari comme les contes et légendes, la lutte et le tir à l’arc traditionnel liés à la moisson du fonio. En effet, le fonio constitue aujourd’hui la céréale qui valorise la culture du peuple Otammari. Ceci grâce à tous les rituels qui entourent sa production.

De la préparation des terres à la première consommation après la récolte, en passant par l’ensemencement, le peuple Otammari a depuis des lustres maintenu les rituels traditionnels. Et pour cause ! L’observance de ces rituels participe à une bonne production et contribue à la préservation de la paix dans toute la région.

Festra- Fonio ou la célébration d’une identité 

Le projet annuel de la fête traditionnelle de fonio est mise en œuvre par l’association culturelle TIBAABA-ACTE-Bénin et MAO-ACTION, en collaboration avec les populations à la base et les gardiens de la tradition de l’ère culturelle Somba. Une fête qui valorise le fonio, une richesse léguée par leurs aïeux.

Pour les organisateurs de cette fête annuelle, l’un des principaux objectifs est de parvenir à faire inscrire le fonio au rang des cultures prioritaires. Le fonio étant une céréale riche en oligo-éléments mais dont la culture n’est pas aisée. Il s’agit donc principalement à travers cette fête de promouvoir, valoriser et sauvegarder le fonio et ses rites ancestraux qui y sont afférents.

Selon le maire de la commune de Boukombé, Richard Yaté Nambimè, le Festra-fonio, loin d’être une cérémonie de réjouissance constitue aujourd’hui le socle de la valorisation de Boukombé à travers sa culture. C’est déjà un festival qui fait découvrir l’architecture et les sites culturels à caractère naturel de la région. Une manière dit-il de « promotion du tourisme à travers le fonio ».

Le fonio, une céréale, une fête 

De son nom scientifique Digitaria exilis, le fonio est une céréale mineure en apparence. Il est produit en Afrique de l’Ouest. Au Bénin, le fonio est principalement produit dans la commune de Boukombé et constitue l’aliment prisé par le peuple Otammari.

Elle reste l’une des rares céréales qui se cultivent dans un sol pauvre, non fumée et s’adapte facilement aux pluviométries variables. « Le fonio pour nous est important puisqu’il marque une saison. Il faut œuvrer pour que cette culture soit valorisée », a émis comme souhait le maire de la commune de Boukombé.

Le fonio constitue une céréale bien recherchée à cause de ses composantes biochimiques. Le Colonel à la retraite et sage de Boukombé, Philippe Gnamou, pense que la manifestation (festra-Fonio) traduit l’essence même de la culture Otammari. « Le fonio, c’est la culture Otammari. C’est la première céréale de l’Afrique. La seule culture qui appartient à l’Afrique », martèle-t-il.

Historiquement, il fait savoir que le peuple Otammari qui a traversé l’Afrique,  de l’Ouest à l’Est, depuis le lac Tchad, a conservé cette céréale qui réunit aujourd’hui ses filles et fils pour sa valorisation. Elle est l’essence même du fondement culturel et cultuel du peuple Otammari.

Hilaire N’PO, l’un des sages de la localité confie que le fonio est une céréale presque adorée par le peuple Otammari. « Avant de le mettre en terre, il faut des cérémonies diverses. C’est après cela que les garants de la tradition proposent une date que tout le monde respecte pour la mise en terre. Même avant et après la récolte, il faut des sacrifices pour remercier les ancêtres », explique Hilaire N’Po.

Marius N’koué, représentant du président du comité d’organisation confie que « l’une des céréales nourricières et d’union est le fonio ». Pour lui, de son labour jusqu’à sa récolte en passant par le défrichage, il constitue un symbole d’union, de solidarité et de réjouissance du peuple Somba. « Il sauvait les familles de la famine car sa conservation est pérenne. Avec les dégradation du sol due à l’érosion et les changements climatiques, il constitue une céréale facile à cultiver », a-t-il indiqué.

Par Giscard Patrick AMOUSSOU, De retour de Boukoumbé, ©www.benincultures.com

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