Agongointo : Le premier site touristique communal du Bénin à l’agonie

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Situé dans la ville de Bohicon,  le village souterrain d’Agongointo est étendu sur une superficie de 7 hectares. Véritable site attractif, ce lieu touristique voit cependant baisser chaque année le nombre de ses visiteurs et donc de ses recettes. La faute à un manque de promotion, un personnel insuffisant et peu qualifié et surtout une vision prospective presque inexistante.

« Déjà trois fois que je viens pour visiter et on me dit chaque fois qu’il faut un minimum de cinq personnes pour que la visite ait lieu. Et que tant que je serai seul, je ne pourrai avoir de guide ». Etudiant en économie à l’Université d’Abomey-Calavi, Delphin est à Bohicon pour ses vacances. Et pour meubler son séjour, il a décidé de visiter le village souterrain d’Agongointo. Mais il n’aura jamais satisfaction.

Après trois tentatives infructueuses sur trois différents jours, il décide d’exprimer sa colère. « Le premier jour où je suis venu, on était deux. Ils nous ont demandé d’attendre d’éventuels visiteurs. J’y ai passé presque toute la journée. Même scénario les deux autres fois. Ils pensent peut être qu’un touriste aura toute cette patience. De toutes les façons, je ne reviens plus » remarque-t-il le visage défait avant d’enfourcher sa moto et de quitter les lieux.

L’aventure de Delphin n’est un pas un cas isolé sur le site souterrain d’Agongointo. Pour le gestionnaire du site, Théodore Atrokpo, même si c’est un fait déplorable, elle se justifie. « Nous avons juste deux guides sur le site qui travaillent 7j/7 et parfois à des heures indues». Il ajoute : « Une visite sur le site dure au moins 45min. S’ils doivent partir pour deux personnes, revenir pour repartir avec 20 personnes, ils ne seront pas vraiment efficace ».

Baisse des recettes

Malgré toutes ses explications, le « petit Théo » comme il aime bien se faire appeler, reconnaît que le mode de gestion du site constitue un frein pour son développement. Et pour preuve, « les recettes issues des visites du site sont en baisse constante ». Selon le registre annuel des visites, le site touristique d’Agongointo a enregistré en 2013 une recette de 2 849 500 F CFA. Un chiffre bien en deçà des 4 320 800 F CFA enregistré en 2009 et des 3 153 550 F CFA de 2010.

Une baisse qui ne laisse pas entrevoir une amélioration des prestations du site car selon le gestionnaire, ils ne peuvent se « permettre de recruter plus de guide. Et si nous avons l’argent aujourd’hui, je crois que le souci premier serait d’organiser une formation pour ceux qui sont déjà là ».

La formation. En plus d’être en sous-effectif, les guides du site souterrain d’Agongointo sont peu qualifiés. « Les formations que reçoivent nos guides sont organisées par nous-mêmes. Le ministère du tourisme a fait participer nos guides à une seule formation. Depuis, nos autres sollicitations tombent dans des oreilles de sourds », regrette le gestionnaire du site. Il poursuit : « Nous avons adressé plusieurs correspondances sans suite. Je suis moi-même allé au ministère du tourisme rencontrer les autorités pour demander de l’aide. Mais rien n’y fit ».

Premier site touristique communal

Officiellement ouvert au public le 29 août 2008, le village souterrain d’Agongointo est l’un des rares sites touristiques dont la gestion est entièrement confiée à la mairie. Le site est découvert en 1998 lors des travaux de construction de la route de contournement de Bohicon effectués sur financement de l’Agence Danoise de Coopération au Développement International (DANIDA).

Ces « Ahouandô » (« trou de la guerre » en fongbè, langue nationale) qui comprenaient 52 maisons souterraines s’étendent sur 7 hectares. Informées, les autorités communales, toujours avec l’aide du Danemark, ont commencé les fouilles archéologiques.

«A la fin des travaux, le roi du Danemark a exigé que la gestion du musée soit confiée à la commune de Bohicon faisant du village souterrain, le premier site touristique communal du Bénin », explique le gestionnaire. Conséquence de ce statut revendiqué, toutes les dépenses et recettes liées au site reviennent à la mairie.

L’état actuel serait-il la cause d’une banalisation de son rôle par la mairie ? « Non », répond catégoriquement Théodore Atrokpo. « La mairie fait de son mieux. Ce qu’elle injecte annuellement dans le site par an est supérieur à ce qu’elle reçoit comme recette. Dans ce cas, nous ne pouvons pas être des demandeurs tout le temps».

Demandeurs ou pas, et malgré toute la volonté du conseil communal de Bohicon,  le site archéologique souterrain d’Agongointo se meurt. Et si rien n’est fait, il sera simplement fermé d’ici quelques années. Déjà, le jardin aux papillons, véritable lieu où se côtoient plusieurs types de papillons pour le bonheur des visiteurs, est fermé depuis quelques mois « faute de moyens techniques et financiers », justifie le « petit Théo ». Delphin, l’étudiant vacancier ne l’aurait donc pas vu. Et c’est dommage.

Par Perpetue Houefa Ahomangnon ©www.afrique-territoires.com

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