Adélaïde FASSINOU, un coin d’engagement féministe et d’amour littéraire

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Adélaïde FASSINOU a présenté son roman « La Sainte ni touche » ©Bénincultures

Ce samedi 24 novembre 2012, le club de lecture de l’Institut Français du Bénin a reçu la romancière poétesse béninoise Adélaïde FASSINOU. Revenue le matin même de cette causerie d’une mission d’inspection des enseignants du secondaire dans le nord Bénin, l’auteur pédagogue a tenu à partager ces instants avec les amis du livre du club de Robert Asdé. Pour elle, la chose intellectuelle et culturelle élève son homme mieux que toute politique surtout celle qui conduit le destin des hommes de ce siècle. Auteur d’une dizaine d’œuvres dont notamment les romans Modukpè, le rêve brisé, Yémi ou le miracle de l’amour, Enfant d’autrui, fille de personne, Jeté en pâture ; les recueils de nouvelle Toute une vie ne suffirait pas pour en parler et de poèmes Poèmes d’amour et de ronce, Adélaïde FASSINOU a beaucoup plus entretenu le maigre public de l’Auditorium de l’Institut autour de son dernier roman La Sainte ni touche publié aux Editions Odette Maganga à Libreville en novembre 2011.

Ce roman que l’écrivain a sorti de son séjour de thèse de DEA en stylistique française à Dijon en 1998 emprunte à Une si longue lettre de Mariama Bâ sa construction épistolaire, confie la romancière. Une fois en terre étrangère, elle est frappée par la frénésie du monde de consommation qui a court en Occident : super/hypermarchés, mœurs légères, changements des types de saisons. L’humeur des occidentaux changeant avec les saisons, grincheux, hargneux avec l’hiver ; spontanéité, visages épanouis au printemps et en été. Ainsi le climat influe sur leurs caractères pendant que la joie de vivre est permanente malgré les soucis des africains. Ajouté à la nostalgie du pays, un mari et trois garçons, elle entame la rédaction de ses impressions d’africaine débarquée. De là nait le projet de ce roman qui n’est pourtant pas autobiographique précise Adélaïde FASSINOU.

Alors se déploient les lignes de l’ouvrage révélant la correspondance entre les amies Madjêkodumi (Dumi) et Anita. Par une narration ultérieure, Dumi donne souvent au narrataire le contenu de la lettre d’Anita, l’évolution de la situation socio-politique du pays, l’infidélité des hommes, de son homme. Trahison qui l’amène à se muer en « sainte ni touche », disposition que son amie en étude ne lui concède pas, la conviant à toujours croire en l’amour. En retour, l’émigrée lui fait la description des rues de la France, des habitudes de vie qui la laissent perplexe (embrasses publiques et éhontées de jeunes gens ; une alimentation industrialisée « Ont-ils des conteneurs à la place de l’estomac ? Comment peut-on consommer tout ça ?/ Et je regardais, ébahie, ces étagères de victuailles empilées les unes à côté des autres. Et je me demandais combien de temps il fallait aux gens de ce pays pour vider tous ces magasins remplis jusqu’au toit de vivres de tous genres : cosmétiques, boites de conserves, fruits, légumes, viandes, biens de service, vêtements »). Dans cette correspondance entre les deux femmes, arrive une lettre anonyme qui instruit la stylisticienne des infidélités de son époux. Se refusant tout accès de colère, elle retourne au pays avec l’idée d’éclaircir cette énigme. L‘accueil à elle réservé par son mari et son amie éloigne vite ses appréhensions. Le tout dans un style simple, de registre courant pour une narration saisissante, à la limite idéaliste par endroit.

Une fois encore la femme : place, insertion, rôle et engagement social

L’auteur n’abordant et ne traitant que particulièrement des questions touchant à la gent féminine, les discussions qui ont suivi cette présentation du roman se sont évidemment concentrées sur la place de la femme dans nos sociétés, la question du quota dans l’administration, les motivations de l’écrivain, la récurrence du thème de l’amour dans ses œuvres, les nouveaux enjeux d’homosexualité/homoparentalité etc.

Très passionnée sur ces points, Adélaïde FASSINOU a livré son opinion. Prenant exemple sur le combat militant de Mongo Béti pour la cause féminine dans Perpétue, et l’habitude du malheur, elle s’est donnée pour mission de faire échos aux cris des femmes, de cultiver et de faire cultiver l’amour. Homosexualité/homoparentalité : « élevons des remparts pour que ces obscénités contraires à la nature même de l’existant ne nous assaillent bien que nous ayons un esprit ouvert » a dit la conférencière. Elle insistera surtout sur le taux de femmes qui peuplent nos villes et campagnes et dira ne pas s’expliquer comment deux hommes ou femmes se retrouveraient pour un quelconque échange de plaisir. En tout cas, elle, mère de trois garçons, porte l’espoir d’être grand-mère et martèle que si deux êtres de même sexe veulent avoir un enfant et se prévaloir du statut de parents, qu’ils se demandent si la nature leur en a donné les dispositions. Il ne servirait à rien d’adopter. D’autres réflexions sur les maisons d’édition d’ici et d’ailleurs, l’éternité malheureuse de certains ouvrages au programme de français bien qu’ils ne soient plus d’actualité sont venues mettre un terme à ce riche entretien.

Par Hurcyle GNONHOUE (Collaboration / Cotonou)

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