14, pas 11 : Marléne DOUTY et Donatien SODÉGLA, entre sarcasme et humour noir

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L’espace LEVEL de Lomé a accueilli ce samedi 25 août 2018, le spectacle 14, pas 11, une écriture de Marléne DOUTY dans une mise en scène de Donatien SODÉGLA. Produit par la Compagnie Tout Art un sens, ce spectacle a gagné le cœur des acteurs clés du théâtre togolais qui ont effectué le déplacement. Public de qualité, metteurs en scène de renom, auteurs, écrivains, comédiens et autres acteurs culturels autorités à divers niveaux n’ont pas perdu leur temps en privilégiant ce spectacle à la place de la Soirée Miss Togo qui se déroulait cette même soirée. Donatien SODÉGLA tout en suivant les directives textuelles de Marléne DOUTY, a su assaisonner ce spectacle en jouant sur le sarcasme et l’humour noir.

Battian (Bienvenu Rolly GODJO) découvre que son épouse Henriette (Nicole WIDA) commerce avec l’infidélité. Celle-ci s’offre des escales jouissives avec Franck, leur voisin de chambre. Battian, le mari cocu organise subtilement l’assassinat de Franck. Ce contenu thématique du spectacle est loin d’être à l’origine du plaisir des spectateurs de cette soirée du 25 août. Ce qui produit l’effet sur le public de l’espace LEVEL,  c’est l’orchestration artistique construite autour du sarcasme et de l’humour noir avec des acteurs qui ont fait preuve de sincérité et d’enthousiasme dans le jeu.

D’abord la posture de Battian. C’est un handicapé moteur. Son statut d’estropié est le résultat d’un choix volontaire du metteur en scène. Et par là, il créé un flou car les handicapés sont réputés pour leur virilité alors que l’infidélité de Henriette se justifie dans la petitesse de la verge de Battian. (11 centimètres selon Henriette et non 14 comme le prétend Battian). Ensuite l’intonation, la diction, la portée de la voix et d’autres expressions vocales sont au service du sarcasme et de la dérision. En témoigne les rires sarcastiques que les comédiens s’offrent en revisitant certaines indélicatesses de leurs propres habitudes : « Tu ronfles par la narine gauche », lâche Battian. « Tu as l’habitude de péter en plein sommeil », précise Henriette. Si l’on doit identifier d’autres aspects qui militent pour le sarcasme et l’humour noir, on pourrait aussi voir du côté des phrases. Tout le texte est porté vers le ridicule du réel et du malheureux. La réalité tournée en dérision pour plus en prendre conscience. De plus, le maniement par les comédiens de ces phrasés et de ces bouts de texte est aussi une preuve suffisante. Battian et Henriette respectivement portés par Bienvenu Rolly GODJO et Nicole WIDA étaient d’une énergie débordante qui laissait passer la douleur atroce du contenu thématique du spectacle. Dick MAWOUTO, Directeur de l’espace Level n’a pas un avis contraire. « C‘est un spectacle de bonne facture. Les comédiens étaient sincères et énergétiques. Il faut aussi dire que Marléne a toujours eu la facilité de nous inviter à rire du malheureux » précise-t-il.

La richesse artistique construite autour du spectacle n’est pas restée sans effet sur des metteurs en scène togolais de renom présents. En témoigne l’avis artistique de Ramsès ALFA, metteur en scène togolais. « Je trouve que c’est un beau travail. Je ne le dis pas pour faire plaisir aux comédiens. C’est une  très belle visite du texte de Marléne DOUTY. La fluidité du jeu des acteurs. La simplicité dans le choix de la scénographie. L’auteur a eu l’intelligence de présenter un thème qui s’apparente au drame et de le présenter de façon drôle. Parfois il faut tourner en dérision la réalité. Le metteur en scène a su exploiter le potentiel du texte. L’auteur étant la première idée de mise en scène. Le metteur a bien visité l’univers de l’auteur. » Le clou du sarcasme et du sadisme de Battian s’aperçoit dans son obsession à la pipe. Il impose à Henriette une pipe avant qu’elle ne se rende à l’hôpital au chevet de leur voisin Franck, auteur du cocuage. Henriette s’offusque, s’entête mais tient à rendre visite à son amant. Elle va jusqu’à proposer un troc : une danse à la place de la séance de pipe. De la danse à la transe Henriette passe de la danseuse traditionnelle à la stripteaseuse avec des escales de chansons d’amour comme « I Love you de Attinkpon », elle finit par s’abandonner à la beuverie que lui propose Battian. Proposer de porter un toast à la mort de son voisin avec à la clé quelques phrases poétiques en guise d’Oraison funèbre. La jubilation de l’homme est déroutante. La crème de ses bouteilles d’alcool des occasions exceptionnelles s’invite dans une euphorie et une beuverie qui ont vu Franck passé des urgences au trépas.

Les autres banalités comme la micro-robe trop sexy, les larmes de crocodile versées à l’inhumation de Franck et d’autres indices portent en triomphe cynisme, sarcasme et humour noir dans un espace où ces débris humains se côtoient et se fourvoient : femme-fatale, mesquine, sournoise en duel avec  homme assassin, jaloux, vindicatif et cinglé.

Paterne TCHAOU

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